Mais où sont les investisseurs suisses?

jeudi, 29.06.2017

Fathi Derder

Sophia Genetics est un succès suisse. Et nous n’avions pas besoin du MIT pour le savoir. C’est une entreprise emblématique de notre capacité d’innovation. Elle contribue à faire de la Suisse un pôle d’excellence mondial dans la santé personnalisée.

Tout cela, nous le savions déjà. Le MIT le confirme, de manière éclatante. Pour le célèbre institut du Massachusetts, Sophia Genetics est une des «fifty smartest companies» du monde. Pour être précis, le classement récompense l’entreprise combinant le mieux nouvelles technologies et business. La plus innovante, en somme. Et la start-up vaudoise pointe au trentième rang. Derrière Apple, et devant Tesla. Entre autres. Alors, quand nous voyons cela, nous sommes fiers.

Une fierté suisse. A juste titre : Sophia Genetics vient de l’EPFL. Mais si on regarde de plus près, tout n’est pas si simple. D’abord, il n’y a aucun autre suisse dans le classement. Ce qui fait peu. Et puis, question fondamentale : combien de temps Sophia Genetics sera-t-elle suisse? Rappelons, d’une part, que l’emblématique patron de l’entreprise, Jurgi Camblong, est français. Et que les investisseurs sont étrangers, eux aussi. Au début, il y eut un peu de seed money local. Mais quand Sophia Genetics a du trouver des fonds pour financer sa phase de développement, nettement plus conséquent, plus rien. Le dernier gros investisseur, Marc Coucke, est belge. L’avant-dernier, Mike Lynch, britannique. Aucun suisse dans les derniers tours de table. Quand on ajoute la difficulté qu’a eu Sophia Genetics à collaborer avec des institutions suisses, notamment le CHUV, on peut se demander ce qui, aujourd’hui, retient encore Sophia Genetics en Suisse. Et le jour où elle partira, elle n’aura plus rien de Suisse.

Le classement du MIT nous rappelle que nous parlons de l’avenir de notre tissu économique. Les futurs Nestlé. Nous avons, à Berne, une priorité politique sur la table: garder ces entreprises. Encourager nos entrepreneurs, en nous dotant d’une politique d’innovation digne de ce nom. En attirant les talents étrangers, ou en encourageant l’investissement suisse. Or, on ne fait ni l’un, ni l’autre. On devrait s’y mettre. Avant qu’il ne soit trop tard.n


 

 
 

 
 

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