La Suisse dispensée de liste noire

vendredi, 20.11.2015

Ports francs. Une réunion d’experts à Paris (Hôtel Drouot) a permis de vérifier que les bonnes pratiques étaient reconnues.

Ian Hamel

Jean-Luc Martinez, président-directeur du Musée du Louvre à Paris, a reçu une mission préparatoire du président François Hollande: faire cinquante propositions pour mettre fin au pillage et au trafic d’antiquités dans le monde. Sachant en particulier que 15% à 20% des ressources de l’Etat islamique proviennent de trésors archéologiques. Première proposition: établir des listes noires des paradis de recel et de ports francs, où aucune obligation d’inventaire n’est imposée à l’attention des douaniers.  
Avant-hier, une table ronde réunissant une dizaine d’experts était organisée sur ce thème à l’Hôtel Drouot de Paris, haut lieu des ventes d’objets d’art dans le monde. La Suisse a été mentionnée assez vite et sans surprise, jusqu’à ce que le président Martinez intervienne sur un ton catégorique: «Certains ports francs dans le monde nous posent des problèmes, mais je ne parle pas de la Suisse. Tout n’y est peut-être pas parfait, mais le dossier ports francs a été sérieusement pris en mains, depuis un certain temps déjà.»
Edouard Planche, en charge du programme de lutte contre le trafic des biens culturels à l’Unesco, s’est montré plus précis, mentionnant le port franc de Singapour. «Le trafic de trésors archéologiques venant de Syrie et d’Irak part souvent vers l’Asie et les Etats du Golfe, dans des collections privées. Ce phénomène doit être dénoncé.». Dans le cadre de cette table ronde, qui a duré plus de quatre heures, d’autres juridictions peu regardantes en matière de trafic d’œuvres d’art ont été mentionnées. La Turquie en particulier. Et, dans l’Union européenne, la Belgique.
David Hiler, ancien conseiller d’Etat, aujourd’hui président des Ports Francs de Genève, a annoncé il y a quelques jours l’accentuation des contrôles (L’Agefi du 12 novembre). S’agissant en particulier des antiquités. «Pour anticiper les futures pressions venant de l’extérieur», disait-il. L’objectif étant de ne pas prendre de risque sur le plan réputationnel. La proposition de Jean-Luc Martinez consiste précisément à lister les Etats qui n’envisagent même pas ce genre de disposition.  La méthode des listes noires est comparable à celle qui inventorie publiquement les paradis fiscaux. Les Italiens veulent même aller plus loin, en criminalisant les personnes qui détruiraient des biens culturels: Et en envoyant des casques bleus pour sauver le patrimoine. Encore faudrait-il que l’Unesco ait les moyens de financer des casques bleus.  Des terroristes détruisent les temples, à Palmyre en particulier. Des trésors archéologiques trop imposants pour être déplacés. Ils commercialisent en revanche de petits objets. Cheikhmous Ali, président de l’Association pour la protection de l’archéologie syrienne, a produit à Drouot des documents écrits de l’Etat islamique: des autorisations de fouilles pour piller des sites archéologiques, proposées contre rémunérations.






 
 

AGEFI



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