«L’innovation a besoin d’audace»

lundi, 12.10.2015

Claude Béglé. Le démocrate-chrétien vaudois plaide pour une défiscalisation des efforts de recherche.

Interview: Grégoire Barbey

Claude Béglé. Les rapports de bon voisinage avec les Etats européens sont nécessaires.

Le démocrate-chrétien vaudois Claude Béglé est candidat au Conseil national et au Conseil des Etats pour les élections fédérales qui ont lieu dimanche. L’Agefi l’a interrogé sur certains dossiers économiques importants.

Comment l’économie se porte-t-elle actuellement selon vous?

En dépit d’incertitudes croissantes, notre économie se comporte nettement mieux que celle de nos voisins. Le faible degré d’interventionnisme de l’Etat y contribue pour beaucoup. Le coût réduit des matières premières et autres biens importés joue aussi un rôle. Cependant, le franc fort a bien sûr eu un impact sur nos entreprises exportatrices, le tourisme et le commerce de détail dans les régions frontalières. En même temps, le ralentissement de certaines économies émergentes pourrait aussi avoir un impact négatif sur nos exportations (horlogerie en Chine par exemple). Finalement, la nécessaire reconversion de notre secteur bancaire va de pair dans certains cas avec une réduction de leurs profits et, par conséquent, de leur contribution fiscale à l’effort général.

Dans le canton de Vaud, quelles priorités identifiez-vous pour la prochaine législature?

Dans le canton de Vaud, l’enjeu essentiel est de trouver un bon équilibre entre le niveau d’investissements nécessaires pour moderniser les infrastructures et le maintien d’une saine gestion des finances publiques. La croissance économique du canton doit beaucoup à un accroissement démographique concomitant, d’où le besoin d’augmenter et d’étendre nos infrastructures. Cela est nécessaire; mais attention à ne pas se laisser emporter par une fébrilité d’investissements, laquelle pourrait déséquilibrer nos comptes. Une autre question importante est celle de la troisième réforme de l’imposition des entreprises, dont l’adoption est essentielle pour stimuler notre économie – en particulier les PME –, sans pour autant mettre en péril la présence de nombreuses multinationales établies sur son sol. Quoi qu’en disent certains, leurs apports tant directs qu’indirects contribuent beaucoup à la prospérité de cantons comme Vaud et Genève.

Pensez-vous que l’Assemblée fédérale doit corriger le tir sur l’ordonnance d’application sur la Loi d’aménagement du territoire (LAT), qui pose de véritables problèmes au développement vaudois?

La Loi sur l’aménagement du territoire est un casse-tête chinois d’une grande complexité au niveau de ses mesures d’application. Les principes fondamentaux de la LAT sont en soi tout-à-fait honorables. Et mon expérience du modèle singapourien me pousse à considérer qu’il est utile, possible et réaliste de densifier en bonne intelligence le territoire disponible, ceci en construisant en hauteur autant qu’en profondeur. En revanche, le département de Jaqueline de Quattro est confronté à un exercice difficile de conciliation entre les directives de Berne et les intérêts des communes. C’est pourquoi il serait probablement utile de revoir l’ordonnance d’application de la LAT, en laissant une plus grande marge d’appréciation aux cantons.

Quelle est votre solution pour appliquer l’initiative sur l’immigration?

L’initiative du 9 février sur l’immigration de masse recouvre en fait deux cas bien distincts: celui de la libre circulation des personnes entre ressortissants de l’Union Européenne et la Suisse, et celui de l’asile traitant du sort de réfugiés qui proviennent le plus souvent d’autres régions du monde (Érythrée, Syrie, Afghanistan,...). Dans le premier cas, il s’agit de gens liés au monde du travail, venus apporter leurs compétences et dont la présence est nécessaire à la prospérité économique de notre pays. Dans le second, il s’agit de réfugiés de guerre ou politique, venus pour des raisons humanitaires. Quand bien même certains d’entre eux peuvent contribuer à la prospérité de notre économie – comme l’élite de la diaspora syrienne–, tous ne sont pas en mesure de le faire. La libre circulation des personnes est directement liée au sort des accords bilatéraux, essentiels à la prospérité de notre pays. Il ne saurait être question d’en sortir. Avec un milliard de francs d’échanges par jour, on ne peut pas se permettre de remettre cela en question. Par chance, l’Union européenne n’y a elle non plus pas intérêt. Ce qu’il nous faut donc, c’est inscrire dans un article constitutionnel la nécessité de rapports de bon voisinage avec les pays qui nous entourent, et par conséquent retenir la voie bilatérale comme le chemin à suivre. Il conviendra ensuite de donner mandat à nos négociateurs de rechercher un accord global («package deal») incluant l’ensemble du contenu des Bilatérales I, II et III.

Vous vous positionner beaucoup sur l’innovation. Que peut faire la Suisse pour être encore meilleure?

C’est vrai, la Suisse est déjà très bonne en la matière. À noter au passage que c’est particulièrement vrai au niveau des inventions, davantage que de la transformation de celles-ci en réalisations économiques et en succès industriels. Car s’il y avait un ingrédient à ajouter en dose accrue chez nous, ce serait probablement quelques grains supplémentaires d’audace. Certes, il y a déjà en Suisse pléthore d’incubateurs et autres institutions de soutien. Et bien sûr, davantage de «seed money» et de capital pour accompagner la croissance seraient utiles. Il serait à ce titre intéressant de créer un fonds (équivalent à 1% du montant des fonds de pension par exemple) pour soutenir les entreprises innovantes. Une autre piste serait de défiscaliser les efforts de recherche et le financement initial des start-ups. Toutefois, ce qui mériterait le plus d’être mis en place, ce serait une institution capable d’aider nos jeunes pousses à prendre pied à l’étranger; pas seulement en exportant des produits «made in Switzerland», mais aussi en y installant une partie de leurs organisations, ceci pour être plus concurrentielles tout en ancrant ici même le cœur de leurs activités.




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