La pharmacie ou le médecin comme premier interlocuteur?

mercredi, 09.10.2019

Se rendre d’abord dans une pharmacie en cas de maladie ou d’accident n’est pas un réflexe que tout le monde aurait naturellement. Mais les médicaments génériques devraient représenter la norme.

Olivier Parenteau*

Olivier Parenteau

Diverses caisses maladie promeuvent leurs modèles Pharmed pour attirer de nouveaux clients, tout en soutenant le contact personnel avec le médecin de famille et l’achat des médicaments dans des pharmacies partenaires. Il s’agit là de modèles alternatifs de l’assurance de base obligatoire qui diffèrent quant à l’accès au premier médecin traitant et à l’achat des médicaments. Le principe est similaire chez tous les assureurs: dans ce modèle, une personne souhaitant bénéficier d’une prestation médicale doit, sauf dans les cas d’urgence, d’abord se rendre dans une pharmacie affiliée ou contacter un service d’assistance téléphonique - tel que Medgate ou Medi24 - qui font office de «contrôleurs d’accès» et déterminent quelle procédure il convient de suivre.

Sur le plan de la mise en œuvre, les divers modèles Pharmed présentent cependant des différences. Assura propose un modèle de type «médecin de famille» comportant l’obligation de se fournir en médicaments auprès de leurs pharmacies affiliées. Si l’on a opté pour le modèle Pharmed des assureurs Groupe Mutuel ou Sympany, on s’adresse d’abord à une pharmacie ou à Medgate qui décident alors s’il est indiqué de consulter le médecin de famille ou un spécialiste. Avec Swica-Medpharm, le premier interlocuteur est la pharmacie ou Medi24, ensuite on est libre de choisir un médecin figurant sur la liste Medpharm. Suivant le modèle, les patients ont un choix plus ou moins restreint en termes de pharmacies, par exemple seulement celles du groupe Amavita ou SunStore, ou alors une pharmacie située relativement loin. Chez Assura, on ne trouve ainsi une pharmacie affiliée que dans quatre localités du canton des Grisons.

Les médicaments génériques sont de rigueur

Dans tous les modèles Pharmed, l’objectif est d’enrayer les coûts de santé. Il s’agit de faire en sorte que les assurés bénéficient de primes moins lourdes et les caisses maladie de rabais et d’économies d’échelle. Or, se rendre dans une pharmacie agréée par l’assureur n’est pas une démarche que tous les patients sont disposés à ou en mesure de faire, même pour une bagatelle. Les modèles de consultation téléphonique sont en principe plus pertinents et plus attrayants pour les clients.

Concernant la délivrance de médicaments, vient s’ajouter un autre élément ayant un impact sur les coûts - la décision d’opter pour un médicament générique ou la préparation originale («princeps»). Les pharmacies affiliées à Pharmed s’engagent fondamentalement à délivrer des médicaments génériques. Les préparations génériques fabriquées avec les mêmes principes actifs, une fois le brevet expiré, sont normalement nettement meilleur marché que les médicaments originaux. Étant donné qu’en Suisse le prix des médicaments est généralement très élevé, et que la plupart des assureurs ne remboursent pas de médicaments achetés à l’étranger, les patients font bien de prendre des génériques chaque fois que cela est possible. 

Il est toutefois intéressant de constater qu’en Suisse non seulement les médicaments originaux sont bien plus chers qu’à l’étranger, mais également les préparations génériques. Chez nous, les médicaments génériques coûtent en moyenne le double de ce qu’ils coûtent dans neuf pays européens de référence, comme l’a récemment établi un groupe d’experts mandatés par le ministre de la santé Alain Berset. Le conseiller fédéral Berset propose maintenant un système de prix référentiels pour les médicaments génériques, censé permettre de réaliser des économies annuelles de 300 à 500 millions de francs. La Confédération y fixerait le prix que les caisses maladie devraient payer au maximum pour des médicaments dont le brevet est arrivé à expiration, ainsi que pour les médicaments génériques contenant le même principe actif. Au cas où la personne assurée souhaiterait un médicament plus cher, elle devrait payer la différence de sa poche. 

Les patients doivent avoir voix au chapitre

Mais qui décide s’il convient d’employer une préparation originale ou un médicament générique? Le médecin peut prescrire les deux, selon sa libre appréciation, et laisser au pharmacien le choix du médicament adéquat pour le patient. Quant à eux, les pharmaciens peuvent substituer un médicament générique à la préparation originale prescrite, mais ils n’y sont pas obligés. Selon la loi suisse sur les assurances maladie (LAMal), il existe donc un droit de substitution, mais pas d’obligation. 

Par ailleurs, faut-il se fournir en médicaments directement auprès de son médecin ou dans une pharmacie? De manière générale, un avis et un conseil indépendants tels qu’on les trouve chez le pharmacien, c’est une bonne chose. De plus, si l’on achète les médicaments dans une pharmacie, le médecin n’a pas de motivation de prescrire des conditionnements plus importants ou des préparations plus chères. Le fait est cependant que, pour des raisons de taxes et de décompte des prestations, dans un cabinet médical, les médicaments sur ordonnance coûtent moins cher que dans une pharmacie. 

En tous les cas, les assurés devraient toujours demander un médicament générique. Cela est en effet aussi dans leur propre intérêt, car en principe, pour un médicament générique, la quote-part obligatoire est de 10 %, une fois la franchise épuisée, tandis que pour les préparations originales, elle est de 20 %.

* Membre de la direction de Maklerzentrum Schweiz





 
 
 
 

AGEFI

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