Des lacunes de couverture malgré une surassurance

jeudi, 13.06.2019

La population suisse est très bien assurée, notamment avec les assurances obligataires. Mais il existe des lacunes.

Olivier Parenteau*

La Suisse a la réputation d’être le pays le mieux assuré du monde. En Suisse, Monsieur et Madame tout le monde font assurer pratiquement tout - du téléphone aux animaux domestiques, et aux effets d’un tremblement de terre. Cela est dû aux revenus élevés (par rapport au niveau international), aux nombreuses assurances obligatoires, au large éventail d’assurances proposées et à la proverbiale prudence des Suisses. Dans beaucoup de cas, cela conduit à une surassurance et à des doublons - et pourtant, en ce qui concerne le risque d’invalidité suite à une maladie, il n’est pas rare que des actions s’imposent.

Parmi les assurances qui sont obligatoires en Suisse, on trouve l’assurance maladie de base, l’assurance responsabilité civile pour véhicules automobiles, de même que les assurances sociales, y compris la prévoyance professionnelle pour les salariés. L’assurance immobilière est obligatoire dans la plupart des cantons, et dans certains cantons, c’est même le cas de l’assurance ménage. Ces assurances couvrent des risques pouvant entraîner des montants de dommages extrêmement élevés, susceptibles de ruiner financièrement les personnes touchées. Les employés sont en général également assurés contre les risques d’accidents et leurs conséquences telles que l’invalidité et l’incapacité de travail.

Analyser le rapport coûts-avantages

Parmi les assurances facultatives, on trouve par exemple les assurances santé complémentaires (frais de traitement, couverture hospitalière en division privée ou semi-privée etc.). Elles sont chères, mais suivant les besoins individuels d’un assuré, elles peuvent être tout à fait indiquées. En revanche, il est probable que seuls certains groupes professionnels auront réellement besoin d’une assurance de protection juridique. Quant aux assurances de voyage, elles sont souvent conclues spécifiquement alors que le paiement par carte de crédit inclut déjà automatiquement une telle couverture. Mais quel degré de couverture faut-il considérer comme «raisonnable»?

D’une part, on cherche à assurer une protection suffisante, d’autre part, qui voudrait payer des primes pour des assurances qui ne lui sont d’aucune utilité? En règle générale, on peut dire: Les risques majeurs, dont on serait incapable de porter les conséquences, doivent être assurés, tandis que les risques mineurs peuvent être pris en charge individuellement. Dans ce contexte, il s’agit aussi de faire la part entre la probabilité de survenance d’un événement et l’ampleur potentielle des dommages qu’il peut entraîner.

La lacune en cas d’invalidité suite à une maladie

Compte tenu de l’obsession des Suisses en matière d’assurances, il est particulièrement étonnant de constater qu’un sinistre grave n’est pas suffisamment couvert: l’invalidité entraînée par une maladie grave. Quand une personne salariée, ayant une certaine charge minimum de travail, se retrouve invalide après un accident, elle est généralement bien couverte par l’assurance accident et peut compter sur un revenu de substitution pouvant aller jusqu’à 90 % du dernier salaire (plein temps). Si l’invalidité, respectivement l’incapacité de travail, résulte toutefois d’une maladie, le paiement de l’indemnité journalière s’arrête après deux ans et l’on est alors exposé au risque de lacune de couverture.

Un autre fait peu connu: le risque de se retrouver invalide suite à une maladie est jusqu’à dix fois plus important que ce n’est le cas suite à un accident, comme l’indique l’Office fédéral de la statistique. Ce risque peut être couvert au moyen d’une assurance incapacité de gain privée – et il concerne aussi les jeunes salariés, les étudiants et les femmes au foyer, quand ils ne peuvent compter que sur les prestations des assurances sociales (1er pilier) et non pas sur celles de la prévoyance professionnelle. Quant aux travailleurs indépendants ayant une famille, ils devraient de toute façon veiller à se munir d’une protection d’assurance appropriée et complète.

Revoir périodiquement ses polices

Les assurés feraient bien de vérifier régulièrement leurs polices d’assurance et les prestations respectives afin d’éviter les doubles emplois et d’en exclure les risques inutiles. Un exemple typique de ce qu’il convient d’éviter: une assurance perte de gain avec un délai de carence de 24 mois pour une personne se trouvant au seuil de la retraite. Et ai-je encore besoin d’une assurance complémentaire pour frais de lunettes une fois que je me suis fait traiter les yeux au laser? De même, les prestations liées à la grossesse et à l’accouchement ne sont plus pertinentes lorsqu’on a clos le chapitre de la planification familiale.

Les assurances doivent être en adéquation avec la situation individuelle d’une personne. L’âge, le revenu, la situation familiale, le nombre d’enfants etc. sont autant de facteurs déterminants, tout comme la structure familiale et le besoin de prévoyance.
Parmi les possibilités de combler la lacune de couverture en relation avec le risque «d’invalidité suite à une maladie» figurent aussi des solutions combinées telles que celles qui permettent à la fois une épargne assortie d’avantages fiscaux dans le cadre du pilier 3a et des prestations de rentes en cas d’invalidité, avec exonération du paiement des primes.

* Membre de la direction Maklerzentrum Schweiz





 
 
 
 

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