Le Tunnel sous la manche a déjà 25 ans

dimanche, 05.05.2019

En 2018, plus de 22 millions de passagers ont emprunté, tous moyens de transport confondus, le Tunnel sous la Manche qui fête ses 25 ans.

Philippe Cozette

Le chantier pharaonique du Tunnel sous la Manche a débuté en 1986. (Keystone)

Quand il parle du tunnel sous la Manche, "c'est avec un T majuscule": 25 ans après son inauguration, Philippe Cozette, qui a participé à la première jonction historique avec un ouvrier britannique, se souvient avec émotion d'un chantier "exceptionnel".

Lorsque le chantier a débuté, en 1986, "j'ai tout de suite postulé" pour y participer, confie cet ancien ouvrier, qui profite aujourd'hui à 66 ans de sa retraite à Peuplingues, près de Calais.

Car "dans la région, c'était pratiquement un mythe et je voulais vivre cette aventure", glisse-t-il en scrutant la Manche depuis les hauteurs du Cap Blanc-Nez, où la brume surplombe les falaises de craie jusqu'aux côtes britanniques, à une trentaine de kilomètres.

Son rêve se concrétise: il intègre le chantier quelques mois plus tard, travaille comme tunnelier jusqu'en 1990 avant de passer à la construction du cross-over, cette partie dans laquelle un train peut passer d'un tunnel à l'autre. Jusqu'à 100 mètres sous le niveau de la mer, les conditions sont rudes: 35 degrés en permanence dans un espace confiné où se mêlent "énormément de bruit" et de l'air pulsé.

Le tournant de sa carrière intervient le 1er décembre 1990, lorsqu'il effectue la première jonction historique avec l'Angleterre. Ce jour-là, la photo où il apparait aux côtés de son homologue britannique Graham Fagg, drapeaux des deux pays en mains, fait le tour du monde.

"Je l'ai appris 15 jours avant. J'étais sur le chantier, mon directeur est venu me l'annoncer: +Philippe, on vous a désigné pour être le premier Français à rencontrer un Anglais sous la Manche+. A ce moment là, j'ai eu l'impression que le tunnel me tombait sur la tête!"

Pourquoi lui? "Un tirage au sort", répond-il avec modestie. La surprise est totale. A l'époque, "on imaginait que cela allait être une personnalité ou un cadre de chaque pays qui allaient se rencontrer."

"A 12h12, on nous a donné le feu vert. J'ai tapé au marteau-piqueur pour abattre la dernière paroi. Dès que le trou était assez grand, on s'est serré la main. Graham Fagg m'a dit, en français: +Bonjour mon ami+, et moi +Welcome to France+. On entendait les +Hourras+ de chaque côté... C'était un mélange d'émotions."

"Chaîne humaine"

Malgré la furtivité du moment, Philippe Cozette garde en mémoire "l'enthousiasme, la fierté, la joie mais en même temps un peu de tristesse car le travail qu'on avait effectué pendant plusieurs années s'arrêtait. C'est la vie de chantier", concède-t-il, une once de nostalgie dans la voix.

Avec Graham Fagg, il conserve "un lien fort", même s'il ne le voit "qu'à l'occasion des anniversaires". "Je ne parle pas trop anglais et lui pas du tout français mais on se comprend quand même."

Depuis, le tunnel de 50,5 km de long est devenu le tronçon ferroviaire le plus fréquenté au monde. En 2018, plus de 22 millions de passagers l'ont emprunté, tous moyens de transport confondus.

"Il ne faut pas oublier tous ceux qui étaient derrière: construire un tunnel, c'est une chaîne humaine...", rappelle M. Cozette.

"Quand on parle du tunnel sous la Manche avec les anciens, c'est avec un T majuscule. Les liens sont restés très forts entre nous", assure-t-il. Ils travaillent désormais sur un projet de musée pour "conserver la mémoire" d'un site dont il regrette parfois qu'il ne soit pas "visible".

Sa connaissance des lieux ne s'arrête pas au chantier: en 1993, il rejoint les équipes d'Eurotunnel et devient conducteur de navettes. "Après avoir connu le tunnel centimètre par centimètre lors des travaux, je l'ai connu à 140 km/h!", sourit-il.

L'un des hommes de la jonction s'avoue aujourd'hui sceptique sur l'actualité du Brexit. "Comme beaucoup de monde, on se demande si les Anglais veulent vraiment quitter l'Europe".

"Mais ici, les liens entre Français et Anglais ont toujours existé. Je ne pense pas que ça va les éloigner, Brexit ou pas." (awp)





 
 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...