Brexit: la galère pour les Européens installés au Royaume uni

dimanche, 15.09.2019

Des milliers de citoyens européens ont découvert qu'obtenir le statut de "résident permanent" n'est pas forcément aussi rapide et facile que promis par le gouvernement britannique.

Quelque 3,6 millions de citoyens européens vivent actuellement au Royaume-Uni. Ils doivent demander le statut de "résident permanent" pour continuer à travailler ou toucher des prestations sociales après le Brexit. (Keystone)

Malgré plusieurs jours de tentatives, l'avocate néerlandaise Bina Gayadien n'a pas réussi à s'enregistrer en ligne pour pouvoir résider de manière permanente au Royaume-Uni après le Brexit: les preuves attestant de ses vingt ans de vie dans le pays ont systématiquement été jugées "insuffisantes".

"Cela me paraît incroyable que l'ordinateur, (malgré) tous les contrôles que le gouvernement pourrait faire, réponde que des gens comme moi n'existent pas", s'offusque Bina Gayadien, mariée et mère de deux enfants. Elle a pourtant fourni 60 pages de relevés bancaires et l'équivalent de cinq ans de relevés d'imposition locale.

Ce n'est qu'après avoir soumis son dossier plusieurs fois et plaidé sa cause auprès d'un centre d'information et de résolution téléphonique officiel qu'elle a pu obtenir le feu vert nécessaire. Mais cette expérience lui a laissé la désagréable impression de ne pas être la bienvenue dans le pays: "Je me sens comme persécutée".

Quelque 3,6 millions de citoyens européens vivent actuellement au Royaume-Uni. Ils doivent demander le statut de "résident permanent" ("settled status" en anglais) pour continuer à travailler ou toucher des prestations sociales lorsque le pays aura rompu ses liens avec l'Union européenne le 31 octobre.

Les ressortissants de l'UE ont jusqu'au 31 décembre 2020 pour déposer leur dossier en cas de Brexit dur, ou jusqu'au 30 juin 2021 si un accord de divorce est conclu avec Bruxelles, selon le site internet du gouvernement britannique.

Gouvernement satisfait

Le gouvernement, qui a promis de protéger le droit des ressortissants européens installés au Royaume-Uni à pouvoir continuer d'y vivre, assure que son système d'enregistrement fonctionne bien.

Brandon Lewis, secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur, s'est dit "ravi" du système mis en place, soulignant auprès de l'AFP que son ministère traitait actuellement 20'000 candidatures par jour.

Selon lui, il ne faut généralement que quelques jours pour qu'un dossier soit traité, et seulement quelques semaines pour les cas plus compliqués. "Je ne vais pas admettre qu'il y a des problèmes", a-t-il déclaré, estimant que les cas problématiques relayés par les médias n'étaient souvent "pas aussi simples que ce que les gens ont affirmé".

"Parfois, les gens ont fait des erreurs (...). Dans d'autres situations, ils n'ont pas été capables de fournir les preuves qu'ils étaient là depuis longtemps", a-t-il observé. "Notre équipe de résolution (des problèmes) travaillera avec eux pour fournir ces preuves".

Procédure gratuite

La procédure, en trois étapes, est gratuite et s'effectue via un portail en ligne, accessible par téléphone portable ou ordinateur pour les citoyens installés au Royaume-Uni au plus tard le 31 décembre 2020 (ou à la date du Brexit en cas de sortie sans accord). Elle implique pour les candidats de justifier de leur identité, de leur durée de séjour au Royaume-Uni et de leurs éventuels antécédents judiciaires.

Les ressortissants européens ayant vécu une période continue d'au moins cinq ans au Royaume-Uni obtiennent un statut de "résident permanent", leur permettant de demeurer indéfiniment au Royaume-Uni.

Les autres, qui y résident depuis moins longtemps, se voient attribuer un "pré-statut" ("pre-settled status") leur permettant de rester cinq ans supplémentaires dans le pays et de postuler pour le statut permanent une fois le seuil de cinq ans de résidence atteint.

1,5 million de requêtes

Selon des chiffres publiés jeudi par le ministère de l'Intérieur, plus de 1,5 million de personnes ont déjà soumis une demande -- 300'000 pour le seul mois d'août.

"Malgré les assertions du secrétaire d'Etat, nous avons la preuve que des citoyens européens ont obtenu un 'pré-statut' alors qu'ils ont vécu au Royaume-Uni plus de cinq ans", a commenté Maike Bohn, co-fondatrice de The3Million, association défendant les intérêts des citoyens européens au Royaume-Uni.

"Il est troublant que le secrétaire d'Etat ne soit pas prêt à s'occuper des problèmes rencontrés par de nombreux citoyens européens avec la procédure", a-t-elle jugé. (ats)





 
 
 
 

AGEFI

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