Gilets jaunes: quelles conséquences pour l'économie française?

lundi, 14.01.2019

Commerçants "dos au mur", chômage partiel, inquiétudes dans l'agroalimentaire: le mouvement de contestation sociale des "gilets jaunes" déclenché il y a deux mois, n'est pas neutre pour l'économie française, mais ses effets sont plus larvés qu'au début du mouvement.

Le secteur agroalimentaire a été lourdement touché par les blocages, intervenus lors d'un pic d'activité annuel pour le secteur.(Keystone)

Mi-décembre, le ministre des Finances Bruno Le Maire avait estimé que les troubles liés aux "gilets jaunes" pourraient faire perdre à la France 0,1 point de croissance au quatrième trimestre, mais avait refusé d'abaisser l'objectif annuel du gouvernement pour 2018, de 1,7% du PIB.

La Banque de France a confirmé vendredi sa dernière prévision de croissance pour le quatrième trimestre 2018, amputée de moitié à 0,2% du PIB par rapport à une prévision précédente de 0,4%, dans le contexte d'un ralentissement général de l'activité en Europe.

Elle a aussi noté que le mouvement des "gilets jaunes" avait continué de peser sur l'activité début 2019, mais de manière plus ciblée et de façon moins marquée que ce que certains économistes avaient prévu.

Emploi "fragilisé"

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a débloqué 32 millions d'euros pour payer les salaires de quelque 58.000 personnes, au chômage partiel du fait de la crise. Très majoritairement dans les PME, selon elle.

"L'effet indirect" du mouvement "est monstrueux", estimait-elle sur BFM Business début janvier. "On le voit sur les investissements étrangers, sur la confiance à investir".
Jeudi, le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF) Robert Ophèle pointait les "interrogations" causées par le mouvement, au moment où la place financière de Paris espère attirer des activités actuellement à Londres à la faveur du Brexit. 

"Aujourd'hui, personne ne nous a dit qu'il renonçait à une localisation à Paris du fait du mouvement des gilets jaunes", a-t-il toutefois indiqué à l'AFP. "Par contre, nos interlocuteurs s'interrogent sur les conséquences et la pérennité du mouvement."

Touristes américains et asiatiques refroidis

Certains touristes étrangers ont été refroidis par les images des manifestations.
Les arrivées aériennes internationales à Paris ont enregistré en décembre une baisse comprise entre "5% et 10%, et qui devrait au final être plus proche des -10%", a observé vendredi Christian Mantei, directeur général d'Atout France, l'agence de promotion du tourisme hexagonal à l'étranger. "Les Américains et les Asiatiques sont les plus concernés, ainsi que la clientèle haut-de-gamme."

Selon le secrétaire d'Etat chargé du Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, "l'impact le plus fort a été sur le mois de décembre. Sur janvier et février, cette décroissance ralentit, et en mars, on repart sur une croissance des arrivées internationales".

Commerces: l'espoir des soldes

Peu avant Noël, la fédération nationale du secteur FCD avait estimé à deux milliards d'euros les pertes pour le commerce de détail, qui fonde beaucoup d'espoir dans les soldes pour compenser. "Il est très important pour les commerçants de récupérer les clients qu'ils n'ont pas eu au mois de décembre", estimait la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher lors du coup d'envoi des soldes.

"On vous demande de cesser", "on est dos au mur", a expliqué Christian Gaulme, le président de la Ronde des quartiers, représentant 1.200 commerces de Bordeaux, une des villes les plus touchées, en plaidant pour que le centre-ville ne soit plus bloqué le samedi.

Lourdes pertes pour l'agroalimentaire

Le secteur agroalimentaire a été lourdement touché par les blocages, intervenus lors d'un pic d'activité annuel pour le secteur. Lors d'une rencontre avec l'AFP mercredi, Richard Girardot, nouveau président de l'association nationale des industries alimentaires (Ania) a maintenu son estimation de pertes de l'ordre "de 13 milliards d'euros pour le secteur".

"Ce sont surtout des PME qui risquent de souffrir le plus", a-t-il estimé, craignant "des faillites".

Un industriel de l'agroalimentaire, qui a requis l'anonymat, a dénoncé auprès de l'AFP le "racket" qui a eu lieu sur certains ronds-points bloqués. "Certains patrons de supermarchés ont dû livrer des salades et des denrées alimentaires pour nourrir les gilets jaunes afin que leurs camions ne soient pas ouverts, pillés ou leurs entrepôts détruits".

Plus de 6.000 sinistres

Selon le dernier recensement réalisé en début de semaine dernière par la Fédération française de l'Assurance (FFA), plus de 6.000 sinistres ont été recensés par les assureurs depuis le début du mouvement. Dont 4.000 véhicules sinistrés, quelques centaines d'habitations abîmées, et 2.000 entreprises touchées par des dégâts matériels et des pertes d'exploitation.

Sur le coût, ce sont les entreprises qui vont représenter l'immense majorité. L'estimation globale reste difficile, mais la FFA avait précédemment évoqué une charge comprise entre 100 et 200 millions d'euros. "On est toujours dans la même zone", a expliqué à l'AFP Bernard Spitz, le président de la fédération.

Difficultés de livraisons

Du côté des transporteurs routiers, la Fédération nationale (FNTR) estimait à Noël à quelque 2 milliards d'euros la perte d'exploitation pour l'ensemble du secteur. Une nouvelle évaluation est en cours, a indiqué une porte-parole en milieu de semaine.

"Il y a eu de grosses difficultés de livraisons de véhicules qui ont empoisonné la vie des concessions et ont sûrement joué sur les immatriculations du mois de décembre" qui ont baissé de 14,5% par rapport à décembre 2017, a aussi expliqué François Roudier, directeur de la communication pour le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA).

"Les clients n'étaient pas dans une ambiance sereine pour pouvoir faire un achat automobile."(ats)





 
 
 
 

AGEFI

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