L’essor irrésistible des green bonds

lundi, 24.06.2019

Etienne Weber*

Etienne Weber, directeur, responsable du développement et de la distribution de la gestion active, BlackRock pour la Suisse romande.

Un bref rappel pour commencer: les green bonds (ou obligations vertes) sont des obligations émises sur les marchés financiers par des entreprises, des associations ou des organisations internationales afin de financer un projet ou une activité à bénéfice environnemental. Elles offrent aux émetteurs la possibilité de combiner efficacement leurs objectifs de rendement et environnementaux, elles constituent une alternative avantageuse aux titres à revenu fixe traditionnels. Leur performance est influencée par les mêmes facteurs: structure, note de crédit, caractéristiques de marché et fluctuations des taux d’intérêt. Leur rendement bénéficie de la même protection et du même traitement réglementaire favorable de la directive Solvency II.2. Dans la mesure où l’obligation verte est liée à la solvabilité globale de l’émetteur, et non à un projet spécifique, elle porte la note de crédit globale de ce dernier. Les rendements des green bonds sont historiquement similaires à ceux de leurs homologues non vertes, les niveaux de prix entre les deux étant généralement très proches et corrélés.

Le marché des green bonds a débuté en 2006 avec des émissions d’organisations supranationales comme la Banque européenne d'investissement et la Banque mondiale. Il a pris de l’ampleur avec le développement du cadre et des infrastructures indispensables à l’existence d’un marché primaire et secondaire. Le cadre tout d’abord: il a été défini par les principes des obligations vertes — les Green Bond Principles (GBP). Conçus par un groupe de travail sectoriel créé en 2014, régis par l'Association internationale des marchés de capitaux (ICMA), ils ont permis d’apporter une plus grande précision à la définition et à la gestion des produits, au processus d'évaluation et de sélection des projets, au reporting et à la revue externe, ainsi que de promouvoir la transparence et l’intégrité du marché des green bonds. Les infrastructures ensuite: aujourd’hui, cinq indices, dont le Bloomberg Barclays MSCI Green Bond, le S&P Green Bond et le BAML Green Bond, suivent les obligations vertes, les principales agences de notation les notent et des auditeurs certifient que les émissions respectent les critères écologiques. Sur ce dernier point, enfin, le rôle d’organisations non gouvernementales telles que la Climate Bonds Initiative, ont également joué un rôle déterminant vis-à-vis des investisseurs en élaborant une certification des obligations climatiques qui garantit qu’elles apportent les avantages environnementaux escomptés. Des rapports d’impact ont ainsi été publiés par les émetteurs et les gestionnaires sur les résultats des projets financés, de plus en plus détaillés et transparents même si leur qualité reste variable d’un émetteur à l’autre. Ils donnent aux acteurs la possibilité de mesurer la contribution de leurs investissements à leurs objectifs environnementaux ou à ceux de leurs clients finaux dans le cas des gestionnaires d'actifs, des fonds de pension et des assureurs.

Une porte d'entrée attractive dans la finance durable 

Rien d’étonnant dès lors à ce que les obligations vertes aient connu un véritable engouement chez les sociétés d’assurance auxquelles elles permettent de financer des activités écologiques sans sacrifier les liquidités ni le risque de crédit d’un investissement direct dans une infrastructure autonome ou un projet d’énergie renouvelable. 

Les assureurs, qui ont été parmi les premiers investisseurs en green bonds, en sont les principaux détenteurs (1). Si les émissions en dollars américains et en euros ont dominé le marché des green bonds, d’autres monnaies telles que le yuan chinois et la couronne suédoise progressent. Les États-Unis sont au premier rang des pays émetteurs, suivis de près par la France et la Chine. Les dix premiers émetteurs sont dominés par les supranationaux, les souverains ou des agences (ensemble, ces trois catégories représentent un tiers du total des émetteurs), les services financiers et les services publics d’électricité. Globalement, la moitié des émetteurs sont des entreprises.

La qualité est au rendez-vous: 95% des émissions sont de qualité investment grade. Plus de 90% du marché est structuré avec des coupons à taux fixe, la durée de l’obligation étant d’environ 6 ans, avec des échéances allant de moins de 30 ans à plus de 30 ans. De nombreux investisseurs ayant l’intention de conserver leurs titres jusqu’à échéance, il y a davantage d’acheteurs que vendeurs sur le marché secondaire — avec une prime de rareté à la clé.

Un momentum dans un mouvement de croissance

Le marché des green bonds continue de croître rapidement. En 2017, 212 émetteurs, dont 145 pour la première fois, ont imprimé un montant record d'obligations vertes de 156.4 milliards de dollars américains, soit une augmentation de 70% par rapport à l'année précédente. La tendance s’est maintenue en 2018, et est attendue en forte hausse en 2019: le total des émissions pourrait atteindre 200 milliards de dollars La croissance du marché souverain a été stimulée par l’OAT verte de la France (10,8 milliards d’euros) en 2018. Le secteur des green bonds d'entreprises a connu une croissance fulgurante avec des émissions de 59 milliards de dollars US. 

Cette croissance s’explique par celle de la base des projets liés au renouvellement des infrastructures dans une perspective durable: aux deux premiers secteurs concernés par les green bonds, énergies renouvelables et efficacité énergétique, ont été ajoutés la gestion durable de l’eau, la gestion des déchets et le transport propre. Le risque climatique renforce indéniablement la croissance, de nombreux acteurs publics voyant dans les green bonds un outil pour mobiliser des capitaux privés afin de le gérer. Car si les green bonds ne constituent pas une couverture directe contre l'exposition au risque climatique, elles contribuent à l’atténuer. Le plan d'action de la Commission européenne publié en mars 2018 prévoit que l’Union a besoin de 180 milliards d'euros d'investissements annuels pour atteindre ses objectifs en matière d'émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Les Etats-Unis, New York et Californie en tête, devraient également voir le marché des green bonds municipales accompagner le financement des mesures contre le réchauffement climatique.

Dans un contexte où les intérêts des émetteurs et des investisseurs se rencontrent pour privilégier les green bonds comme instrument fiable de leurs objectifs d’investissement durable, il est plus que probable que la finance verte continue de croître. Pourquoi attendre pour rentrer sur ce marché?

(1) Sondage publié par le Crédit Agricole, 2017.

Source: “Insurers and green bonds”, BlackRock, 2018.

* Directeur, responsable du développement et de la distribution de la gestion active, BlackRock pour la Suisse romande





 
 

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