La Fed se laissera-t-elle capturer par des traders faussement pessimistes?

mardi, 18.06.2019

Le FOMC se réunit depuis hier avec la tâche délicate d’expliquer que tout ne va pas si mal à un marché qui préfère les mauvaises nouvelles aux bonnes.

Levi-Sergio Mutemba

La réunion de la Fed, qui a débuté hier et se termine aujourd’hui, est l’événement de marché le plus attendu cette semaine. Avant la forte chute des indices en décembre 2018, lorsque le taux souverain américain à 10 ans frôlait les 3%, les marchés imaginaient mal que la Fed puisse songer à inverser si rapidement sa politique monétaire restrictive.

Aujourd’hui, en présence de taux à 10 ans au plus bas (2,02%) depuis le dernier trimestre 2016, les marchés ont rarement mis autant de pression sur la Fed, dans l’espoir qu’elle baisse ses taux d’intérêt. Vendredi, lorsque les chiffres de l’emploi sont ressortis en-deçà des attentes, les marchés les ont ainsi salués. Et le S&P 500 a bondi de 1% en une séance.

Les mauvaises nouvelles sont devenues de bonnes nouvelles. Elles forceraient la Fed à se montrer plus accommodante. Ce qui exercerait une pression baissière sur le coût de l’emprunt et préserverait les marges des entreprises, dopant, en bout de chaîne, les indices boursiers. Mais une telle logique, selon les experts de Morgan Stanley, est fallacieuse. Elle manque non seulement de fondement théorique mais est en porte-à-faux par rapport à l’expérience.

Au cours des trente dernières années, le S&P 500 a généré des rendements supérieurs à la moyenne dans 38% des cas seulement, dans les trois mois suivant une baisse des taux directeurs, à un moment où le rythme de création d’emplois était ou stagnant ou en baisse. «Un tel taux de succès, si vous êtes une équipe de baseball, vous mettrait dans le bas du classement de la ligue national», ironisent les experts cross-asset de Morgan Stanley.

Les marchés pourraient vouloir plus que des mots

Mark Dowding, COO chez BlueBay Asset Management, considère également les investisseurs comme étant «trop pessimistes en ce qui concerne les perspectives de croissance». Et estime que la Fed effacera probablement, mais temporairement, toute allusion suggérant qu’elle puisse relever les taux, mais sans pour autant offrir de signaux de colombe au marché.

«Toutefois, pour l’heure, nous nous réjouissons des données encourageantes sur le front de la consommation aux États-Unis, qui continue de soutenir l’économie domestique, de telle sorte que le Comité de politique monétaire (FOMC) exigera davantage de preuves d’une soi-disant perte de momentum avant de signaler tout changement de cap décisif», poursuit Mark Dowding.

Pour Dave Chappell, Senior portfolio manager des marchés obligataires chez Columbia Threadneedle Investments, le président de la Fed, Jerome Powell, «marchera sur le fil du rasoir entre, d’un côté, sa vision d’une économie solide et, de l’autre, l’admission que l’inflation reste inférieure» à ses propres critères.

Dans ce contexte, le FOMC voudra probablement rassurer les investisseurs sur le fait qu’elle se tient prête à adapter sa politique. «Cette position devrait être suffisante pour maintenir les marchés aux niveaux actuels, mais à un moment donné, peut-être dès la réunion de juillet, les investisseurs voudront plus que des mots», conclut Dave Chappell.





 
 

...