La désinformation nuit à l’action

dimanche, 23.06.2019

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

La campagne électorale pour octobre est lancée avec l’enjeu climatique dominant. Chaque parti choisit hâtivement son camp son camp. Les Verts des deux nuances spéculent légitimement sur une victoire longtemps attendue. Le centre badigeonnera de vert un programme immuable. Seule l’UDC a pris position contre.

Elle a fait distribuer en Suisse romande une «Edition spéciale» à plus d’un million d’exemplaires. Sa crainte est de perdre des sièges. Le peuple s’apprête à déplacer ses suffrages vers les deux partis suisses qui affichent la couleur verte. Or, le populisme, fondé essentiellement sur la xénophobie, est dans tous les pays opposé à entrer dans le débat du climat, pour une raison obscure. Il maintient envers et contre tout cette périlleuse position. La lecture du pamphlet est éclairante. Le thème sous-jacent reste le refus de l’immigration. Si les immigrants n’avaient pas été incités par l’UE à envahir la Suisse, le problème serait moindre.

Mais, le problème n’est pas de faire fonctionner la Suisse comme si sa population n’était pas ce qu’elle est ou comme si elle pouvait instantanément se passer des immigrants. Car un quart des médecins ont été formés à l’étranger et 38% du personnel infirmier n’est pas Suisse. Que dire des chercheurs, des enseignants, des ingénieurs, des ouvriers du bâtiment?

Le véritable problème est de faire fonctionner le pays tel qu’il est, dans la planète telle qu’elle est. Or le réchauffement climatique est une réalité, attestée par des mesures. Ce n’est donc pas une opinion de la gauche comme l’insinue «Edition spéciale», mais une opportunité électorale inespérée pour celle-ci, fondée sur une double évidence La teneur de l’air en CO2 et la température de la planète augmentent: le lien entre les deux par l’effet de serre est bien connu. La gauche a les pieds sur terre. Mais laquelle?

Selon le pamphlet UDC, la gauche sème la panique climatique «pour installer un régime de contrainte et détruire les valeurs libérales fondamentales.» Ce n’est pas faux. Dans le monde entier, la gauche classique, socialiste, anticapitaliste est en porte-à-faux depuis l’effondrement du communisme. Malgré tous ses défauts, le capitalisme a fonctionné depuis trois siècles en améliorant le sort des hommes, en leur donnant à manger, en les soignant, en les instruisant. Dès lors, la gauche est à cours de programme économique crédible. Viscéralement étatique, fonctionnarisante, centralisatrice, antilibérale, alors que ce ne sont plus des thèmes porteurs. L’écologie vient à point comme idéologie de substitution pour la gauche.

Dès lors le débat qui devrait être d’abord scientifique, technique, politique se dégrade en l’opposition stérile de deux idéologies incompatibles, qui ont pour seul point commun d’inciter à ne pas réfléchir et donc à ne pas agir.

* Professeur honoraire EPFL





 
 

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