Digital Luxury Group (DLG) veut doubler ses revenus d’ici 2020

jeudi, 05.07.2018

La Chine est un relais de croissance pour la société de marketing digital dans le luxe avec comme cible les millenials

Elsa Floret (Shanghai)

David Sadigh (DLG); Brain Wong (Alibaba) et Pierre Maudet

David Sadigh, Fondateur et CEO et Tibère Adler, président du conseil d’administration, de DLG (Digital Luxury Group) participent avec une trentaine d’entrepreneurs genevois à la délégation économique en Chine, co-organisée par la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (présidée par Juan-Carlos Torres); l’Etat de Genève (présidé par Pierre Maudet) et la Chambre économique Suisse-Chine (présidée par Christophe Weber).
Le bureau de DLG à Shanghai connaît une forte croissance: en quatre ans, il est passé d'une personne à une quarantaine aujourd'hui. Ses activités dans le marketing digital comprennent notamment la stratégie digitale, la conception et réalisation de campagnes, ou l’optimisation des ventes e-commerce. DLG China organise régulièrement des conférences Luxury Society à Shanghai, avec notamment des conférenciers et des panélistes de marques, telles que Baidu, LVMH, Richemont, Michael Kors et Swarovski.

En 2017, DLG a signé avec plusieurs nouveaux clients dont Chaumet; Ralph Lauren; Piaget et W Hotels. Les projets récents ont été centrés sur l'amélioration du drive-to-store, l'optimisation UX, le marketing d'influence, le SEO / Analytics, les campagnes digitales 360, le Social CRM, les médias sociaux et le commerce électronique. Le directeur de DLG China, le genevois Pablo Mauron a monté la structure en Chine et a contribué à son fort développement à Shanghai aidant les marques de luxe à évoluer dans le digital en Chine.

 

Entretien avec David Sadigh, CEO de DLG (Digital Luxury Group)

Vous affichiez en 2014 l’objectif de multiplier par 2 le chiffre d’affaires. Qu’en est-il? Communiquez-vous sur votre chiffre d’affaires en 2018? Quel est l’objectif fixé pour 2020?

Le chiffre d'affaires de DLG a effectivement plus que doublé entre 2013 et 2017. Cette année, notre chiffre d'affaires net (après déduction des achats médias), est supérieur à 6 millions de francs.
A l'horizon de 2020, nous visons la barre des 10 millions de francs. Notre taux de croissance organique est supérieur à 20%, au-dessus de la moyenne de notre secteur.

En 2014, vous déclariez que la taille du marché occupé par les professionnels de l’industrie du luxe, allait doubler de taille en dix ans. Quelle est la situation 4 ans après? Et quelles sont vos prévisions de croissance de l’industrie?

On constate une progression constante de la croissance de l’industrie d’année en année (selon Bain, 6 à 8% pour 2018, contre 5% en 2017, contre 2 à 4% en 2016). Deux éléments clés tirent indéniablement l’industrie vers le haut: d’un côté, les millennials (18-35 ans), qui représenteront quelque 40% du marché mondial du luxe d’ici 2025; de l’autre, la Chine qui devrait afficher une croissance de +20% en 2018. Au croisement des deux, les millennials chinois représentent le segment le plus convoité par les marques de luxe actuellement. En effet, les acheteurs chinois sont de plus en plus jeunes, ultra-connectés et enclins à acheter en ligne des produits de luxe. La capacité à cibler les millennials chinois est justement une de nos spécialités.

Suite à l’acquisition en 2014 de Luxury Society (avec 30.000 membres dans 150 pays), envisagez-vous d’autres acquisitions?

Nous nous focalisons actuellement sur notre croissance organique, car notre potentiel de développement est encore significatif. Nous restons toutefois attentifs aux opportunités de croissance externe, surtout en Asie.   

Quid de la concurrence?

C'est un marché très concurrentiel où les grandes sociétés de conseil, les holdings publicitaires et quelques sociétés indépendantes se disputent les budgets des acteurs du luxe. Notre positionnement d'expert luxe et digital, couplé à nos données propriétaires et à notre connaissance du marché chinois, nous permet souvent de nous différencier des acteurs plus généralistes. Nous pensons également avoir créé une culture d'entreprise assez unique permettant d'attirer et de fidéliser des jeunes talents internationaux, entre autres dans le domaine data, digital communication et e-commerce.

Après son lancement à Genève en 2012, DLG s’est installé à New York. Vous aviez fermé NY et installez un bureau en Chine. Les affaires se sont-elles déplacées en Chine au détriment du continent américain?

Nous avons lancé les bureaux de New York et de Shanghai en parallèle. New York a été clé pour positionner DLG sur un plan international et pouvoir étendre nos services au-delà de l'horlogerie (beauty, accessoires, etc). Nous y avons notamment gagné un lancement mondial pour Marc Jacobs et effectué une série de mandats pour Sotheby's, Christian Louboutin et La Prairie. Le marché américain étant particulièrement cloisonné et contrôlé par des sociétés locales, nous avons décidé de nous concentrer sur l'Europe et la Chine, qui nous paraissaient offrir davantage de potentiel. La Chine a été un relais de croissance particulièrement favorable: DLG y réalisera bientôt la moitié de son chiffre d'affaires.

Suite à l’inauguration de vos nouveaux bureaux à Genève en juin (avec une vingtaine de collaborateurs), vous venez d’inaugurer de nouveaux bureaux début juillet à Shanghai (une cinquantaine de collaborateurs). Quels sont les prochains projets / prochaines étapes pour DLG?

Notre priorité est à la fidélisation de nos clients actuels plutôt qu'à la recherche de nouveaux clients. Nos clients incluent des marques de groupes leaders, que sont LVMH, Richemont ou Kering, mais aussi des marques indépendantes comme Swarovski, l'IMD business school ou Four Seasons. Notre enjeu est de continuer à leur offrir une expertise de pointe couplée à un haut niveau de services.
 
Collaborez-vous avec Alibaba pour le e.commerce?
Le e-commerce en Chine représente un enjeu stratégique pour les marques. Nous les accompagnons aussi bien dans l’optimisation de leurs ventes via leurs propres sites que dans le développement des ventes via des places de marché tierces. Nous venons par exemple d’ouvrir le shop de Carl F. Bucherer sur JD.com (concurrent d’Alibaba, coté à New York, avec 50 milliards de dollars de valorisation) et d’autres lancements sont prévus.
A l’avenir pourquoi pas être représenté sur Pavillon, la branche luxe d’Alibaba, mais aussi sur d’autres plateformes en pleine croissance.
 
Et pour les solutions de paiement Alipay?

Les touristes chinois sont ultra connectés et règlent quasiment tout électroniquement, y compris lorsqu’ils sont à l’étranger et que ce type de moyen de paiement leur est accessible. Soit sur WeChat Pay, soit sur Alipay. La bataille est féroce entre Tencent et Alibaba. Ces solutions de paiement auront un impact important sur le tourisme suisse et le commerce de détail. Lors de la visite mercredi chez Alibaba à Hangzhou, avec la délégation économique genevoise, j’étais heureux d’apprendre que SIX paiement avait signé un accord avec Alibaba. J’encourage vivement les autorités genevoises à multiplier les contacts et à inciter le maximum d’acteurs suisses liés au tourisme de collaborer avec ces géants chinois afin de favoriser l’utilisation de ces moyens de paiement.

 
Le marché du luxe était dominé par la Chine en 2017... et le sera aussi en 2018, selon votre directeur de Shanghai, le genevois Pablo Mauron. Selon le dernier rapport Euromonitor, si le continent américain et l’Europe font face à une nette baisse des ventes de produits de luxe, la région Asie-Pacifique a quant à elle connu un taux de croissance de 9 % en 2017. En tête de cette croissance, la Chine va continuer d’offrir aux marques de luxe de nombreuses opportunités. Outre l’horlogerie, la mode, quels sont les secteurs sur lesquels vous allez vous intéresser?

Nous souhaitons consolider notre positionnement d'agence digitale leader sur l'horlogerie et la joaillerie, tout en continuant à développer des partenariats avec des marques issues de la mode, maroquinerie, beauté ou automobile.
Le marché horloger à lui seul représente une valeur estimée à 40 milliards de francs, avec la Chine comme marché le plus important, où l'impact du digital ne fait que commencer.
 







 
 

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