Investir dans les innovations disruptives

lundi, 15.07.2019

*Philippe G. Müller

Philippe G. Müller

L'«innovation disruptive» – un terme inventé par le professeur Clayton Christensen de Harvard – désigne les processus dans lesquels un produit ou un service s'impose initialement dans des applications simples, dans le segment inférieur d'un marché, puis gravit la chaîne de valeur et finit par évincer les concurrents établis.

Au cours de la dernière décennie, ces innovations disruptives ont créé des richesses et un confort de vie considérables, car beaucoup d'entreprises émergentes dans des secteurs comme les technologies, la vente au détail, la santé ou encore la finance ont introduit des modèles d'affaires novateurs qui remplacent les acteurs existants.

Prenons par exemple l'industrie musicale. Dans les années 1990, les cassettes ont été remplacées par des CD et ceux-ci, un peu plus tard, par des plateformes de téléchargement en ligne comme iTunes. Plus récemment encore, des services de streaming tels que Spotify et Apple Music ont pris d'assaut le secteur.

La difficile évaluation des innovations disruptives

Alors que les disrupteurs performants jouissent d'opportunités de croissance accrues, les entreprises en retard ou fondées sur des technologies ou des modèles d'affaires dépassés risquent de voir fondre leurs parts de marché. Il s'agit donc non seulement d'identifier les futurs gagnants, mais aussi d'éviter les acteurs qui sont à la traîne ou incapables de s'adapter.

En une décennie, la vie quotidienne a complètement changé: communication (messageries instantanées), achats (commerce en ligne), paiements (applications mobiles), production (automatisation), voyages (covoiturage), alimentation (livraison de repas) ou santé (bracelets capteurs).

En outre, les innovations se répandent de plus en plus vite: il a fallu près de 68 ans à l'aviation pour atteindre une base de 50 millions d'usagers. Pour la télévision, cela a pris 22 ans, mais pour un jeu en ligne comme Pokémon Go, 19 jours seulement! Cela dénote un changement significatif. Aujourd'hui, les changements disruptifs se produisent à un rythme très rapide, offrant aux investisseurs des opportunités considérables, mais aussi peu de temps pour évaluer chaque placement.

Les investisseurs doivent donc d'abord déterminer quels domaines peuvent bénéficier de développements technologiques disruptifs et offrir des opportunités de croissance supérieures à la moyenne.

Des domaines plus attractifs que d’autres

Pour les placements à long terme, la Recherche d’UBS a identifié douze domaines prometteurs. Par exemple, le commerce électronique est une tendance disruptive bien établie, avec des taux de pénétration à deux chiffres, alors que les technologies financières (fintech) ou les dispositifs de santé (healthtech) en sont à un stade relativement précoce, avec des taux de pénétration de moins de 5%.

Dans le cadre d'un portefeuille bien diversifié, les placements dans des thèmes disruptifs devraient, en moyenne, générer des rendements appréciables supérieurs à la moyenne sur le long terme.

De la diversification pour réduire les risques

Mais surtout, la performance varie grandement entre les disrupteurs et leurs victimes. Etant donné que les disruptions ne sont pas linéaires et évoluent plus rapidement que les cycles conjoncturels, le timing des investissements constitue un défi certain. Une certaine diversification (temporelle) devrait en partie aider à réduire les risques. Plus d’infos dans la récente étude d’UBS «Longer-term investments: Dissecting disruption».

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 



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