Gestion de la quote-part actions en portefeuille

jeudi, 18.07.2019

Aux États-Unis, la courbe des taux est inversée. Il s’agit de l’un des indicateurs avancés de récession les plus fiables. Le moment est-il venu de vendre ses titres?

Dr. Daniel R. Witschi, CFA*, Dr. Uwe Heller, CFA**

Lors d’une audition devant le Sénat américain au mois de juillet 2005, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, avait déclaré que l’efficacité de la courbe des taux comme outil d’évaluation des risques de récession avait fortement diminué. Selon lui, se baser sur cet indicateur du marché des capitaux pour la définition de la politique monétaire n’était plus approprié. L’année suivante, la courbe des taux s’est inversée. Et 18 mois plus tard se produisait la plus grave récession depuis les années trente.

Qu’est-ce que la courbe des taux?

La courbe des taux représente les rendements des emprunts sur différentes durées. Normalement, le rendement d’un emprunt à court terme est inférieur à celui d’un emprunt à long terme. Cela signifie que la courbe des taux tend à augmenter. Pour simplifier, la hausse de la courbe des taux se mesure par rapport à de la différence entre les taux à long terme et ceux à court terme. En anglais, on parle de «yield spread».

En général, on utilise le yield spread entre les emprunts d’État à 10 ans et les bons du Trésor à 3 mois (T-Bills). La différence entre les emprunts d’État à 10 et à 2 ans sert parfois de référence.

Le yield spread est l’un des indicateurs avancés de récession les plus fiables. Depuis 1950, presque toutes les récessions aux États-Unis ont été précédées d’un yield spread négatif. Le délai préalable a toutefois varié entre un et 18 mois.

Depuis peu, on observe à nouveau un yield spread négatif aux États-Unis. L’écart entre les emprunts d’État à 10 ans et les bons du Trésor à 3 mois s’établit à -0,10%, alimentant ainsi les craintes d’une récession.

Avant qu’une récession n’éclate, on constate un recul, voire un effondrement des cours sur les marchés d’actions. La plupart du temps, le yield spread anticipe de tels mouvements. Il constitue l’un des principaux instruments de gestion de la quote-part actions en portefeuille.

La question se pose de savoir quel yield spread, c’est-à-dire quelle différence entre les taux courts et les taux longs, correspond à une politique monétaire neutre: s’agit-il d’une valeur zéro ou légèrement positive, voire négative?

Pour les États-Unis, les recherches empiriques durant la période de l’après-guerre indiquent une valeur zéro. Celle-ci est légèrement positive pour d’autres régions et pays tels que la zone euro ou la Suisse.

Quel est le pouvoir prédictif de la courbe des taux pour le marché d’actions? Cet instrument permet-il réellement de gérer la quote-part actions en portefeuille?

Prenons l’exemple des États-Unis. Pour simplifier, nous nous basons sur un portefeuille qui comprend uniquement des actions de l’indice S&P 500 ou des liquidités. Nous vendons toutes les actions en portefeuille lorsque le yield spread est négatif (et détenons 100 % de liquidités). À l’inverse, nous achetons uniquement des actions lorsque l’écart remonte jusqu’à 3 %. Les corrections des marchés d’actions intervenant avec un certain décalage, nous utilisons une simple moyenne du yield spread sur 3 mois. Une règle d’investissement très simple au résultat surprenant.

Entre décembre 1998 et aujourd’hui, cette stratégie a dégagé un rendement annualisé de 9,7%, contre 6,3 % seulement pour l’indice d’actions S&P 500. Les actions européennes et suisses présentent, elles aussi, un résultat comparable.

Si le yield spread ne permet pas d’échapper aux petites corrections intervenant sur le marché d’actions, il s’avère efficace pour anticiper les mouvements plus prononcés.

Le moment est-il venu de vendre ses actions?

Aux États-Unis, le yield spread se situe actuellement à -0,10 %. La moyenne glissante sur trois mois se maintient toutefois au-dessus du seuil critique.

Si l’on fait confiance à la courbe des taux en tant qu’indicateur de récession, le moment n’est pas encore venu de sous-pondérer les actions en portefeuille. De plus, les récentes prévisions de taux annoncent plutôt une baisse des taux directeurs. Dans ce contexte, le yield spread devrait repartir à la hausse dans un proche avenir.

Selon nous, le yield spread est un outil essentiel pour la gestion de la quote-part actions. Outre cet instrument, d’autres paramètres doivent être examinés de très près tels que les données sur les marchés financiers, les indicateurs économiques avancés ou encore les événements (géo)politiques.

* CFO et membre de la direction, Les Fils Dreyfus & Cie, Banquiers

** Stratégiste d’investissement senior et responsable de la R&D, Les Fils Dreyfus & Cie, Banquiers





 
 



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