Rachat d'actions: un record depuis onze ans

lundi, 21.05.2018

Au premier trimestre 2018, les rachats d'actions effectués par les 500 plus grosses entreprises américaines ont culminé à 178 milliards de dollars

Apple est de loin l'entreprise la plus agressive sur les rachats d'actions avec 22,8 milliards de dollars (Keystone)

Portés par une généreuse réforme fiscale, les rachats d'actions des sociétés américaines ont dépassé un record vieux de 11 ans au premier trimestre, amenant des interrogations sur les choix des entreprises en matière d'utilisation de leur trésorerie.

Au premier trimestre 2018, les rachats d'actions effectués par les 500 plus grosses entreprises américaines ont culminé à 178 milliards de dollars, soit davantage que le précédent record trimestriel établi en 2007, d'après la société de recherche financière S&P Dow Jones Indices.

Ajoutés aux dividendes versés aux actionnaires, les "cadeaux" offerts aux détenteurs de ces entreprises devraient dépasser dans les prochaines semaines pour la première fois la barre symbolique des 1.000 milliards de dollars sur un an.

Sans surprise, Apple est de loin l'entreprise la plus agressive sur les rachats d'actions avec 22,8 milliards de dollars, devant Amgen (10,7 milliards de dollars), Cisco Systems (6,2 milliards de dollars) et Pfizer (6,1 milliards de dollars), d'après S&P Dow Jones Indices.

Les entreprises technologiques se sont taillé la part du lion de ces rachats avec le tiers du total sur les trois premiers mois de l'année.

Après leur publication, ces chiffres ont suscité la colère du patron de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui a affirmé que "ce record est la preuve que la réforme fiscale des Républicains a été une arnaque destinée à enrichir les plus fortunés".

"Pas de déséquilibre"

Adoptée fin-2017 par l'administration Trump, la réforme du code fiscal a abaissé le taux moyen d'imposition des entreprises de 35 à 21% et leur a permis de rapatrier à moindre frais des liquidités détenues à l'étranger.

Apple a ainsi environ 250 milliards de dollars dans ses caisses hors des Etats-Unis.

Dans les faits pourtant, il n'est pas évident que les entreprises aient négligé d'autres dépenses, à l'image des dépenses d'investissement (Capital Expenditure, Capex).

Ces dépenses ont culminé à 159 milliards de dollars au premier trimestre, soit une progression de 21% par rapport à l'an dernier et un record historique pour un premier trimestre, note S&P Dow Jones Indices.

"Pour l'instant nous ne voyons pas de déséquilibre majeur étant donné que ces entreprises dégagent suffisamment de ressources pour tout faire en même temps", indique Howard Silverblatt, analyste au sein de la société.

Celui-ci précise que ces dépenses pourraient continuer à progresser en raison des délais nécessaires à l'adoption de ces plans au sein des entreprises.

Elles rattraperaient ainsi le retard pris ces dernières années où elles sont restées "obstinément faibles", de l'avis des analystes de Bank of America Merill Lynch.

Depuis 2009, les rachats d'actions ont ainsi augmenté de 641% et ont "éclipsé" les dépenses de Capex qui ont progressé de seulement 30%, d'après la banque.

Les rachats d'actions ont un effet positif sur l'économie américaine selon Gregory Daco, chef économiste de Oxford Economics aux Etats-Unis dans la mesure où elles "ont un effet direct sur la richesse perçue des entreprises et des investisseurs ainsi que sur la confiance, entraînant plus de consommation et d'investissement".

"Toutefois, ils sont moins bénéfiques sur le long terme que les dépenses d'investissement. Car le Capex a un potentiel direct en matière de stimulation de l'économie mais aussi indirect, à savoir d'augmenter la capacité productive d'une économie", commente-t-il.

Prophétie autoréalisatrice

Par ailleurs, les rachats d'actions étant ponctuels, ils peuvent être l'une des causes des reculs boursiers s'ils sont progressivement ou brusquement réduits en cas de ralentissement économique.

"Généralement c'est la première décision des dirigeants, ils n'ont qu'à passer un coup de fil. L'effet (sur les marchés) peut être immédiat car moins d'achats d'actions signifie moins de soutien au cours, et moins de confiance dans l'avenir" remarque M. Silverblatt.

"Il y a un effet de prophétie autoréalisatrice: des attentes plus réservées amènent à prendre des précautions", note M. Daco.

L'inquiétude la plus forte reste toutefois le ralentissement économique en lui-même, affirme Howard Silverblatt, les rachats d'actions étant "le résultat d'une économie en croissance".

Toujours est-il que ces dépenses massives des entreprises ont semblé éclipser les progressions des salaires.

"En dehors des effets de communication qui ont suivi la mise en place de la réforme fiscale et d'annonces bonus qui ont l'avantage d'être uniques dans le temps, les hausses de salaires ne sont pas plus significatives que par le passé", affirme M. Daco. (awp)





 

 

 

 



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