«L’intelligence artificielle sera bientôt plus sûre que le pilote»

lundi, 21.05.2018

Le pilote de Solar Impulse a créé une société d'électrification d'avions à Sion. L'endroit idéal, selon lui. Explications.

Fathi Derder

André Borschberg. «La Suisse est un endroit idéal pour des solutions dans le transport aérien. Avec ou sans pilote.»

André Borschberg est un des meilleurs connaisseurs du secteur aéronautique suisse. Après le tour du monde de Solar Impulse avec Bertrand Piccard, l‘ancien pilote de chasse a créé H55, une société d’électrification d’avions à Sion. En Valais, en Suisse: un endroit jugé idéal par l’entrepreneur grâce à la tradition industrielle suisse, notre maîtrise de la micro-technique, la micro-mécanique ou des moteurs électriques. Un endroit idéal pour opérer la convergence entre le monde des drones, et l’aviation classique. «A terme, les avions n’auront plus besoin de pilotes», constate-t-il. Entretien.

Quel lien y a-t-il entre la Drone Valley et H55?

Le monde des drones et le monde de l’aviation vont se rapprocher, et chacun va profiter de l’autre. On assiste aujourd’hui à une convergence des technologies dans les drones, qui nous montrent le chemin pour ne plus avoir besoin de pilotes dans les avions. Pour moi, qui viens du monde de l’aviation, cette convergence de technologies est fascinante. Elle amène des solutions nouvelles.

Quels sont les atouts de la Suisse en la matière?

Nous assistons à une convergence de domaines dans lesquelles nous sommes forts, en Suisse: les moteurs électriques, la microtechnique, la micromécanique, l’automation, l’électronique, la robotique ou le software. Des domaines dans lesquels nous avons beaucoup de compétences historiques, en Suisse, mais en plus sur tous ces domaines se greffe maintenant l’intelligence artificielle, avec la présence du centre de recherche de Google à Zurich nous permet d’être bien positionné. Un vrai pôle d’excellence émerge donc en Suisse.

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En outre, nous sentons une volonté politique de réfléchir à ce que représente le secteur. Donc si nous arrivons à bien collaborer avec le département de Doris Leuthard pour anticiper ce que ces technologies représentent, en termes d’organisation de l’espace aérien, des principes de certification, ou autres conditions cadre pour soutenir le secteur, nous avons une vraie carte à jouer. La Suisse est un endroit idéal pour développer toutes ces solutions dans le transport aérien. Avec ou sans pilote.

La législation et la régulation libérale suisse est aussi un atout...

Oui. Notre force c’est l’agilité. C’est aussi l’avantage de notre taille: nous sommes plus agiles, comme une start-up par rapport à une grosse entreprise. Notre petite taille est un avantage qu’il faut savoir utiliser. Rester agile.

Les avions et les drones convergent, car les avions n’auront bientôt plus de pilotes?

A terme, les avions n’auront plus besoin de pilotes. Ce n’est pas pour demain, cela va se faire par étapes. D’abord sur des petits parcours, puis de manière généralisée, mais on y arrivera: l’intelligence artificielle sera meilleure et plus sûre que le pilote dans l’avion. C’est une évidence: dans l’exécution d’un vol, l’ordinateur deviendra meilleur que l’humain.

Que peut faire le monde politique pour le développement de la Drone Valley suisse?

Premièrement, renforcer les compétences des organes de certifications qui s’occupent de ces technologies. L’évolution récente impose de nouvelles connaissances, il faut donc engager du monde, de nouveaux profils, au sein de structures comme l’Office fédéral de l’aviation civile.

Ensuite, il faut une plus grande collaboration entre les organismes publics qui régissent l’utilisation de notre espace. Il faudra repenser l’aménagement urbain, les moyens de déplacement en l’air, au sol, ou autre. Il faudra développer une vision précise de ces nouveaux espaces publics, et permettre la réalisation de tests à certains endroits, et de manière ambitieuse. Nous devons nous projeter en 2040. Il ne faut plus une stratégie 2020, mais une stratégie 2040! En anticipant les vols autonomes en ville, le transport de personnes, et une forte densification du trafic aérien. Sans oublier d’analyser aussi ce que cela représente en termes de bruit, et de nuisances. On a donc du travail! – 





 
 


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