A quoi peut servir un réfugié?

jeudi, 25.04.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Le doute n’est plus permis: le Moyen-Orient a eu vocation de se déverser dans l’Europe, en attendant que ce soit l’Afrique. Ce n’est pas la première fois. Voici trente ou quarante mille ans les premiers Homo Sapiens, venant d’Afrique, ont utilisé le Moyen-Orient pour accéder à l’Europe et se mélanger aux Neandertal résidents dont nous avons hérité le génome à dose homéopathique. Le résultat a été nettement brillant: les langues, la science, l’art, la politique de notre continent ont envahi toute la planète. Un réfugié constitue donc un apport plutôt qu’une charge. Nous sommes tous des réfugiés, surtout les Homo Sapiens.

Angela Merkel l’a compris la première et elle accueillit en Allemagne au moins dix fois plus de réfugiés qu’en France et en perdit aussitôt le pouvoir. En tenant compte de la population, le Liban en héberge 250 fois plus que toute l’Europe ensemble. Ce sont des dimensions auxquelles nous n’échapperons pas. L’ère des grandes invasions recommence. Nous ne l’arrêterons pas avec des barbelés ou de la paperasse.

Puisque nous serons envahis de toute façon, comment en tirer le meilleur parti, pour ne pas dire le moins mauvais? La première solution est purement humanitaire: tout Africain est un réfugié et nous devons l’accepter sans chercher de fausses excuses. Et donc accepter de délivrer des visas dans nos représentations diplomatiques pour éviter le mortel parcours du combattant, en radeau pneumatique et en jogging.

Bien entendu, si la Suisse est seule à faire son devoir, elle créera un appel d’air considérable. Le respect de la tradition humanitaire suppose une entente avec nos voisins européens. Cette entente suppose que nous soyons conscient de notre relation au continent. Un bon tiers de nos concitoyens croient au contraire que nous sommes une île au milieu du Pacifique.

Le principe de la sélection

Si nous ne parvenons pas à considérer tous les réfugiés comme des êtres humains à part entière, il reste la ressource de filtrer les arrivants, mais comment? La Hongrie songe à la religion, comme si le christianisme, dont elle se réclame, autorisait ce genre de discrimination d’inspiration tribale. La Suisse penche pour les cas les plus urgents: malades, handicapés, femmes seules avec enfants. Tôt ou tard, quelqu’un imaginera de sélectionner sur la base de la compétence professionnelle et de favoriser ingénieurs et médecins, plombiers et maçons.

Bref un réfugié, bien utilisé, peut servir de multiples projets: donner une bonne conscience inoxydable à des Allemands en manque historique; compenser le déficit démographique de tous les pays européens; pallier la pénurie de main-d’œuvre qualifiée; recruter des chrétiens intégristes et des racistes en puissance. Le réfugié, tout bien considéré, est un homme ou une femme à tout faire. C’est une ressource de notre époque qui est trop négligée.

* Professeur honoraire, EPFL 





 
 

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