Les marchés prennent l’éventualité d’un Brexit dur très au sérieux

dimanche, 20.01.2019

Rares sont les investisseurs estimant que Theresa May parviendra à présenter ou faire accepter un plan B au Parlement la semaine prochaine.

Levi-Sergio Mutemba

Suite au rejet de l’accord de transition entourant le Brexit et à une semaine d’un nouveau vote au Parlement britannique, les investisseurs n’excluent plus une sortie dure du Royaume-Uni de l’Union Européenne (UE). Ce scénario n’est toujours pas central, mais l’intensification des incertitudes suffit à semer le doute.

L’accord de transition négocié entre la première ministre Theresa May et la Commission européenne prévoit une sortie à compter du 30 mars 2019, assorti d’une période de 21 mois (jusqu’au 31 décembre 2020) de négociations commerciales, durant laquelle le Royaume-Uni continuerait d’honorer ses engagements vis-à-vis de l’UE, tout en continuant de jouir de l’accès aux fonds structurels du marché unique, tels que ceux mis en place par la politique agricole commune. Ce qui se traduit par un règlement financier de 40-45 milliards d’euros pour les Britanniques.

Rien qui puisse débloquer la situation

L’accord a fait l’objet d’un vif rejet lors d’un vote au Parlement la semaine dernière, aussi bien de la part de l’ensemble des travaillistes que de la moitié des députés du parti conservateur de la première ministre. Celle-ci cherche désormais à rallier des membres de l’opposition et présenter un accord retouché, lundi prochain au Parlement. Autant dire que les marchés sont sceptiques.

Pour Mark Dowding, Directeur des Marchés Développés chez BlueBay Asset Management (BlueBlay AM), la situation au Royaume-Uni n’est pas loin de la «pagaille», le Brexit faisant «la risée des investisseurs internationaux». Selon lui, il y a «peu de chances que les travaillistes soient disposés à sauver la première ministre, dès lors que le parti conservateur semble se diriger tout seul vers l’autodestruction».

Bien que les investisseurs ne désirent pas mieux qu’un Brexit ordonné, «le flou demeure quant à la façon dont les choses peuvent se débloquer», poursuit Mark Dowding. Qui ajoute qu’il va peut-être falloir la manifestation d’une «menace réelle» d’une sortie dure, afin de créer la dynamique nécessaire à la conclusion d’un compromis.

La livre pourrait s’orienter à la hausse

«L’attention reste centrée sur la livre sterling, même suite à la récente atténuation des risques liés au Brexit», observent les tacticiens du marché des changes de Morgan Stanley, dans leur FX Morning publié vendredi. Pour qui la devise britannique pourrait s’orienter à la hausse, au moins à court terme. Morgan Stanley semble accorder une certaine importance aux propos tenus par un porte-parole de Theresa May, confirmant que les tractations avec l’opposition seraient sur la bonne voie.

«Jeremy Corbyn, le chef de l’opposition, a affirmé de son côté qu’un second référendum sur le Brexit demeurait une option», soulignent les stratégistes forex de Morgan Stanley. «Les leaders européens, confrontés à une économie affaiblie, peuvent avoir un intérêt marqué à prévenir une récession provoquée par un Brexit. Les probabilités d’une séquence d’informations positives pour la livre sterling ont augmenté, poussant la livre vers le haut.»

«Nous ne pensons pas que l’UE reculera sur les aspects les plus controversés de l’accord, tels que le filet de sécurité, du moins de façon suffisante pour faire accepter l’accord par les partisans les plus extrêmes du Brexit», estiment Stephanie Kelly, spécialiste d’économie politique chez Aberdeen Standard Investments. Selon elle, même si l’UE se montrait conciliante, les partisans du maintien du Royaume-Uni au sein du marché unique pourraient préférer un scénario où il n’y aurait pas d’accord du tout.

NN Investment Partners (NN IP) doute pour sa part que Theresa May ne dispose de suffisamment de temps pour présenter une alternative susceptible d’être favorablement accueillie. D’où la volatilité des actifs sensibles au Brexit, tels que les actions britanniques à fort biais domestique. NN IP note en outre que les investisseurs ne sont toujours pas sous-pondérés sur les actions anglaises. De sorte qu’il existe toujours une marge de pertes supplémentaires importante en cas d’intensification des incertitudes et de la volatilité.





 
 
 

AGEFI

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