L’égalité femmes-hommes est un facteur de performance économique

mardi, 23.04.2019

La nécessité de parité, notamment dans le milieu professionnel, fait partie de ces vérités plus faciles à admettre qu’à mettre en œuvre.

Philippe Zaouati*

Certaines vérités sont plus faciles à admettre qu’à mettre en œuvre. La nécessité de donner aux femmes et aux hommes des chances égales, notamment dans le milieu professionnel, en fait partie. Les vingt dernières années ont été marquées par une réelle prise de conscience de la nécessité de parvenir à l’égalité des sexes pour permettre un développement durable de l’économie et de la société. De réels progrès ont été faits. Pourtant aujourd’hui, au sein du CAC 40, on ne compte qu’une femme dirigeante sur 40, soit 2,5%. Au sein du MSCI World, ce sont 5% des Directeurs Généraux qui sont des femmes. Et les inégalités ne s’arrêtent pas là: accès au travail, écarts de rémunération, plafond de verre pour les salariées. Accès au capital, montants levés pour les entrepreneures. Malgré un accord de principe, la réalité tarde à rattraper les principes.

Enjeu de société... et de compétitivité

Le traitement défavorable fait aux femmes n’est pas seulement un enjeu de société, c’est également un enjeu de compétitivité. De nombreuses études ont prouvé la surperformance sur le long terme des champions de la diversité: de meilleurs résultats, un moindre endettement, plus de dividendes et des risques moindres de scandales réputationnels. Et nous ne parlons ici que de la compétitivité vue par les marchés. La diversité est également un atout majeur dans un autre marché extrêmement concurrentiel, qui est le recrutement et la rétention des meilleurs talents. Et si les investisseurs ne semblent aujourd’hui pas préoccupés outre mesure par la mixité des instances dirigeantes, ou des conditions faites aux femmes, le sujet suscite beaucoup plus d’intérêt, et de questions, de la part des candidats. Pour les entreprises, améliorer la mixité, assurer aux hommes, aux femmes, aux non-binaires, une égalité de traitement, devient un enjeu de modernité au même titre que de placer les enjeux climatiques au centre de leur stratégie. 

Faire progresser les sociétés investies

Comment traiter de ce thème dans une stratégie d’investissement? Mirova, par exemple, cible dans l’une de ses stratégies les entreprises ayant les meilleures pratiques en termes de mixité. En plus d’une évaluation ESG habituelle, des filtres d’analyse qualitatifs et quantitatifs ont été développés permettant d’évaluer les politiques de promotion des femmes et leur représentation dans les instances dirigeantes. Le dispositif est complété par une politique d’engagement pour faire progresser les sociétés investies. Une telle stratégie s’inscrit très clairement dans le cadre des Objectifs de Développement Durable puisqu’elle s’attaque directement à l’ODD 5: permettre l’égalité des sexes.

Sur plus de 1600 valeurs qui composent notre univers de départ, l’univers d’investissement de notre stratégie est composé de quelques 250 valeurs à peine. 250 valeurs dont nous considérons que les pratiques en termes de mixité sont acceptables. Cela en dit long sur les progrès qui restent à faire en matière d’égalité, et c’est sans parler du secteur public et de tout le tissu économique non coté. 

Nous espérons que d’ici 10 à 20 ans, cette stratégie deviendra obsolète et que les univers – global et d’investissement – se superposeront. D’ici-là, nous considérons que c’est notre rôle d’investisseur actif d’exiger les meilleures pratiques du marché, notre responsabilité de gérant pour compte de tiers de promouvoir les sociétés qui reflètent et représentent notre société et nos investisseurs, et notre mission d’investisseur de faire bénéficier nos clients des opportunités de meilleures performances financières.

*Directeur Général, Mirova





 
 
 

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