Quand la seule parole des directeurs ne suffit pas

mardi, 04.06.2019

Actionnariat actif. Le dialogue entre investisseurs et dirigeants d’entreprise est crucial, mais comment surmonter le manque d’informations?

Levi-Sergio Mutemba

Au 3 juin 2019, l’action du gérant d’actifs suisse GAM Holding a été divisée par près de quatre au cours de l’année écoulée. Laissant ses investisseurs pour le moins perplexes. La chute boursière fait suite à la découverte de ce que la direction de l’asset manager a qualifié de pratiques relevant d’une «mauvaise conduite» de la part de l’un de ses gérants obligataires les plus en vue, en charge de la supervision de plus de 11 milliards de francs d’actifs.

L’une des leçons que le déroulement progressif de cette saga financière a fini par nous enseigner est que la mauvaise gouvernance, en soi, n’était pas le facteur le plus déterminant. Ce qui s’est soldé par un scandale était en réalité le fruit d’une mauvaise communication entre la direction de GAM Holding et ses investisseurs. Ou le manque d’accès de ces derniers aux pratiques d’investissement propres au manager du fonds.

Nul doute que cette affaire aura incité bon nombre d’investisseurs, en particulier les actionnaires, à se montrer plus vigilants dans leur processus de diligence lorsqu’il s’agit d’investir dans une entreprise, une des dimensions les plus critiques du concept «Gouvernance» contenu dans le concept général d’ESG. «Nous considérons l’actionnariat actif comme une puissante force de promotion des meilleures politiques et pratiques», nous explique Nicolas Huber, Head of Corporate Governance chez DWS (division asset management de Deutsche Bank).

«Le dialogue avec les investisseurs est particulièrement important, non seulement afin de pouvoir élaborer des attentes clés en termes de gouvernance, mais également de pouvoir obtenir une meilleure compréhension des structures de gouvernance des entreprises et de leurs stratégies», poursuit Nicolas Huber. Qui explique que cette condition est essentielle si les investisseurs entendent prendre les décisions d’investissement les mieux informées et formuler de meilleures évaluations.

La tâche n’est cependant pas aisée. Car même si le régulateur impose certaines règles bien définies liées à la publication d’informations sur l’impact de l’activité des entreprises dans l’environnement ainsi que la société, celles-ci sont relativement aisées à contourner. La perspicacité des investisseurs prend ainsi toute son importance. Et celle-ci repose largement sur des informations externes à celles que l’entreprise cible veut bien fournir.

Combiner données internes et externes

Nicolas Huber précise que l’analyse ESG de DWS se base sur plusieurs sources, en plus des données publiées par les entreprises. Son outil d’analyse propriétaire (l’ESG Engine) combine notamment les notations ESG à des travaux de recherche externes. «Toutes ces informations alimentent notre processus de due diligence, couvrant des aspects aussi divers que la composition des comités de direction et des conseils d’administration, les pratiques de rémunération, les des données d’auditeurs externes, la structure du capital, ainsi que le traitement des droits des actionnaires», précise Nicolas Huber.





 
 
 

AGEFI

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