La grogne des entrepreneurs face aux aides inadaptées

mercredi, 15.04.2020

Les mesures de soutien annoncées par la Confédération sont loin de faire l'unanimité parmi les entrepreneurs.

Les coiffeurs sont touchés de plein fouet par les mesures prises pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. (Pixabay)

Salons de coiffure, restaurants, boutiques, tous ces établissements sont actuellement fermés jusqu'au moins le 27 avril. Certains peuvent en partie compenser le manque à gagner via des livraisons, d'autres essuient une perte sèche de leur chiffre d'affaires. Et les mesures de soutien annoncées par la Confédération sont loin de faire l'unanimité parmi les entrepreneurs touchés.

Propriétaire du salon de coiffure K-Styling à Zurich, Mélanie De Icco est touchée de plein fouet par les mesures prises pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. Depuis le 17 mars, son salon est fermé et n'accueille aucun client. Pour elle, aucun moyen de compenser cette perte sèche: "on ne rattrapera jamais le manque à gagner car le temps est perdu".

Certes, elle a droit à des indemnités exceptionnelles, plafonnées à 196 francs par jour, mais elles sont clairement insuffisantes pour couvrir à la fois les frais de son salon et de sa vie quotidienne. "Je cotise à hauteur de mes revenus depuis douze ans, mais le jour où j'en ai besoin, je n'y ai pas droit, c'est injuste".

La situation n'est pas meilleure pour le Café Primeur à Yverdon. Ouvert en décembre 2018, l'établissement a fermé dès le 17 mars. Depuis, les recettes sont nulles, mais l'entreprise doit toujours s'acquitter de nombreuses charges.

Les demandes de chômage partiel ont été déposées mais ces indemnités pour leurs employés ne règlent pas le problème des liquidités. "Nous avons des prêts à rembourser et d'importantes charges fixes, comme le loyer, l'électricité ou le chauffage. On peut tenir un mois sur nos réserves mais pas trois", s'inquiète Tullia Boverio, une des associés.

En outre, les trois gérants ont droit à une indemnité plafonnée à 3320 francs net. "Pour nous, cela permet de payer notre loyer mais pour beaucoup d'entrepreneurs, c'est bien en-dessous du salaire moyen".

"Endetter n'est pas aider"

Artisane indépendante, Erelle Bertolini est confrontée à des difficultés similaires. Sa boutique est fermée depuis un mois et ses vendeuses sont au chômage partiel. L'activité commerciale s'est arrêtée, mais également la production, qui se déroule en partie à Paris.

Les mesures de soutien public ne sont pas des solutions. "L'état nous octroie des emprunts facilités avec un taux à 0%, d'accord, mais endetter n'est pas aider", s'exclame-t-elle. "Notre situation n'intéresse pas grand monde dans le paysage politique, c'est assez déplorable. Les soutiens proposés par l'état ne sont pas adaptés aux indépendants et encore moins aux artisans".

Plus le temps passe, plus la question des liquidités devient cruciale. "Lorsque le confinement sera levé, ma production va continuer et me sera livrée, à payer avant livraison. Et cela nécessite d'avoir une trésorerie positive en banque" s'inquiète-t-elle. Surtout qu'elle doit également régler les commandes passées pour la collection printemps-été d'autres marques vendues dans sa boutique. Sa demande de baisse ou de diminution de loyer du bail commercial, au bon vouloir de la gérance, est en attente.

Mme de Icco trouve également peu d'attrait aux mesures de compensation annoncées par le Conseil fédéral. "Je rembourse déjà une dette contractée il y a douze ans lors de l'ouverture de mon salon, un nouveau crédit n'est pas la solution en ce qui me concerne". Quant aux délais accordés pour le paiement des charges ou des loyers, cela ne fait que reporter les difficultés à plus tard mais ne règle pas le problème.

Craintes pour les jeunes pousses

Elle se considère tout de même comme privilégiée: "Mon entreprise, crée il y a douze ans, est solide. J'ai de la chance d'avoir un coussin de sécurité mais les entrepreneurs qui se sont lancés récemment ne vont jamais tenir", craint-elle.

Au Café Primeur, la gérance immobilière a gelé les loyers à la demande du tenancier, mais cela ne fait que reporter le problème. Et les prêts à taux zéro ne sont pas une solution. "Vu ce que l'on doit déjà rembourser, cela représente pour nous plutôt un risque qu'une aide. La solution serait plutôt d'annuler et pas simplement de geler nos charges fixes".

A défaut d'un soutien public adéquat, Mme Bertolini a exploré d'autres voies. Expliquant sa situation sur les réseaux sociaux, elle s'émeut de la solidarité qu'ont manifesté ses clientes, qui l'ont soutenu en achetant des bons cadeaux ou des produits sur la boutique en ligne. Certes, ces ventes ne permettent pas d'atteindre le chiffre d'affaires habituel à cette période, "mais c'est déjà magnifique", s'exclame-t-elle.

Elle a également proposé des tutoriels pour fabriquer ses propres bijoux à partir de kits vendus sur la boutique en ligne. "Ce qui est chouette c'est de proposer des activités créatives aux clientes en cette période de confinement (...) Cela contribue à éveiller les consciences quant à la réalité des artisans indépendants. Je pense que cela aura une influence sur la manière de consommer de notre clientèle par la suite", s'enthousiasme-t-elle. (awp)

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