Coronavirus: comment les CEO organisent le télétravail au sein de leur entreprise

mercredi, 18.03.2020

L’Agefi a lancé un formulaire en ligne afin de récolter le témoignage des directeurs et directrices de Suisse sur leur nouvelle façon d’organiser le télétravail au sein de leur entreprise. Les challenges sont divers: nouvelle organisation, communication limitée avec les employés, baisse de productivité. Tour d’horizon.

Marine Humbert

Cornelia Tänzler, pour qui le coronavirus n’est pas la première crise qu’elle traverse, voit l’avenir sereinement tant que les clients maintiennent les projets.

Alors que le virus Covid-19 paralyse l'économie mondiale, et suite à l'état d'urgence décrété en Suisse par le Conseil fédéral, les entrepreneur(e)s du pays sont invités à instaurer le télétravail pour leurs employés. L’Agefi a lancé un formulaire en ligne afin de récolter le témoignage des directeurs et directrices de Suisse sur leur nouvelle façon d’organiser le télétravail au sein de leur entreprise. Les challenges sont divers : nouvelle organisation, communication limitée avec les employés, journées à rallonge, baisse de productivité, gestion des enfants. Tour d’horizon.

L’instauration du télétravail est vivement recommandée par les autorités suisses, mais n’est pas encore obligatoire. Toutefois, la grande majorité de nos répondants ont totalement basculé leur entreprise en travail à domicile depuis ce lundi 16 mars. Un procédé relativement aisé pour Gérald Follonier, étant donné que les processus de traitement de sa société Expert Caution sont totalement digitalisés. Au sein de la jeune pousse fribourgeoise Everlife.ch «seuls les deux membres de la direction se rendent une fois par semaine au bureau, pour un point de coordination, en respectant les mesures de sécurité. Tout le courrier a été dévié au domicile de l’un des deux fondateurs», souligne l’associé Fabrice Carrel. Du côté de Boyden Global Executive Search, sa directrice Cornelia Tänzler explique que les collaborateurs qui doivent encore se rendre sur leur lieu de travail, le font à tour de rôle, «jamais plus d’un à la fois afin d’éviter tout contact, même à distance réglementaire».
Andreas Wyss, patron du contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC), confie avoir lui aussi adopté ce système de tournus.

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Toutefois, certains domaines d’activité ne permettent pas le télétravail. La majorité des employés de Magtrol SA, active dans le domaine des tests de moteurs et des capteurs, se rend encore au travail, notamment les postes d’usinage, de montage, et de logistique. Son directeur Jocelyn Cattin estime que 30% des employés télétravaillent, et 8% d’entre eux sont actuellement à l’arrêt, car il s’agit de personnes à risque, tout en précisant que «la situation évolue tous les jours».

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Challenge humain

Mais alors quel a été le plus grand challenge pour ces chefs et cheffes d’entreprise ? La plupart des répondants évoquent la mise en place concrète d’un matériel adéquat et un système de sécurité fiable pour leurs collaborateurs. «Nous avons dû acheter des licences VPN supplémentaires, et former les employés», souligne Christian Degouy, directeur du spécialiste de l’outillage Bugnard SA. Mais pas seulement. «Le challenge est de coordonner sans perdre de temps, mais tout en donnant assez d’informations aux collaborateurs », répond Fabrice Carrel, «c’est réellement dans ce genre de situation que nous prenons conscience du nombre d’échanges qui sont réalisés au quotidien dans un open-space». Le challenge humain, soit le fait de ne plus pouvoir se côtoyer sur un même lieu est également cité par le directeur d’Expert Caution.

Communication et confiance

A la question d’un changement dans leur manière d’exercer leur leadership, les directeurs et directrices préfèrent parler d’évolution. Que ce soit par téléphone, Slack, Skype, WhatsApp, visio-conférence, ou encore Discord, une application pour Gamers, la communication est renforcée entre les dirigeants et leurs équipes. Le terme qui revient unanimement parmi les répondants est la confiance. «La confiance comme clé de voûte du leadership», déclare Jean-Luc Jolliet, à la tête de la fiduciaire Jolliet. «La confiance est la seule solution. La plupart des collaborateurs en font plutôt plus qu'ils ne devraient», souligne Manuel Espejo, à la tête de Alpro Swiss. «Je suis pour la culture du résultat par opposition à celle du contrôle pendant cette période d’incertitude», lance Christian Degouy. La fiduciaire Houriet dit tout de même exercer un contrôle du travail fourni plus rapproché que d’habitude.

Aide financière

Bien qu’il soit encore tôt pour mesurer les impacts chiffrés du coronavirus sur la productivité des entreprises, certains répondants estiment déjà les dégâts. Le Conseil fédéral examine la possibilité d'accorder un soutien financier pouvant aller jusqu'à un milliard de francs aux entreprises particulièrement touchées. Une aide que les répondants qualifient de «bienvenue», «nécessaire», «essentielle», et «indispensable», mais sa mise en application inquiète certains d’entre eux. «Il ne faudrait pas non plus que cet argent serve à masquer des déficiences de management. La difficulté va donc résider dans la vitesse de mise à disposition de ces fonds et dans la manière de les attribuer», déclare Andreas Wyss, patron du contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC). «La mise en application prendra certainement trop de temps et laissera bon nombre d'entreprises sur le carreau», juge Gérald Follonier à la tête d’Expert caution. Kevin Salvi, associé de Mobile Think, y voit un gros défaut car les fondateurs d’entreprise, 5 fondateurs sur 7 collaborateurs dans son cas, ne peuvent en bénéficier. «C'est simplement scandaleux, nous cotisons à l'assurance chômage mais n'y avons pas droit. Autant vous dire qu'un soutien, tel qu'il est proposé aujourd'hui ne nous sera pas d'une grande aide».

La fin du «bullshit job»

Malgré une période économique jugée difficile par bon nombre des répondants, ces derniers vivent personnellement le télétravail de manière agréable. C’est le cas de Fabrice Carrel, qui peut compter sur une équipe impliquée: «L’entreprise en sortira grandie avec une expérience et une cohésion d’équipe décuplée ». Cornelia Tänzler, pour qui le coronavirus n’est pas la première crise qu’elle traverse, voit l’avenir sereinement tant que les clients maintiennent les projets et qu’ils restent ouvert à discuter de nouveaux desseins. «Il ne faudrait pas que la situation d’exception dure trop longtemps», juge la directrice de Boyden Global Executive Search.

Qu’en sera-t-il de l’après Covid-19? Nicolas Hou, directeur de Colosse, mentionne une révélation pour les entreprises. Beaucoup de job «bullshit» seront identifiés, et beaucoup de bureaux seront libérés». Daniel Chevalier, à la tête de OFISA informatique SA, se montre philosophe face à une période difficile que pratiquement personne n’a jamais connu en Suisse: «le coronavirus nous montre que nous ne sommes pas vraiment prêts à ce type de risques en tant que PME. Et nous met aussi en évidence certains travers de la globalisation quand elle est poussée à l’extrême».

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