«Nestlé ne peut pas résoudre seul le défi de la pollution plastique»

lundi, 19.08.2019

Il n’existe pas de solution miracle pour la lutte contre la pollution plastique, selon Magdi Batato, directeur général, opérations de Nestlé, pour qui son groupe fait de son mieux pour prendre le leadership sur ce défi critique pour notre planète. Interview.

Elsa Floret

Magdi Batato, directeur général, opérations de Nestlé.

La pollution plastique est un des principaux défis pour la réputation de Nestlé. Conscient de son impact sur l’environnement, la multinationale, présente dans 190 pays (1 milliard de consommateurs sont en contact chaque jour avec un produit Nestlé) a exprimé sa stratégie sous forme de 3 piliers.

Le groupe a concentré ses efforts sur trois domaines pour susciter le changement: (1) Utilisation des matériaux de substitution novateurs; (2) Façonner un avenir sans déchets et (3) Adopter de nouveaux comportements.

Mais il n’existe pas de solution miracle pour la lutte contre la pollution plastique, c’est une combinaison d’effets et donc le besoin d’avoir recours à une vision holistique, selon Magdi Batato, directeur général, opérations de Nestlé, pour qui son groupe fait de son mieux pour prendre le leadership sur ce défi critique pour notre planète. Interview.

Où commence et où finit la responsabilité de Nestlé dans la pollution plastique?

Cette question est extrêmement complexe.

En tant que fabricant d’aliments et de boissons, la responsabilité de Nestlé est de livrer des produits sains, de qualité, emballés dans les normes de respect d’hygiène et de sécurité. L’emballage est primordial pour le respect de cette qualité. Et le plastique est clé dans l’emballage.

Quant à la pollution plastique, la responsabilité est partagée. Si vous jetez vos emballages par terre, si tel ou tel pays n’a pas l’infrastructure en place pour le recyclage, c’est l’affaire de tous.

Mais conscient de notre responsabilité en tant que leader global dans l’industrie alimentaire, nous nous sommes engagés à ce que 100% de nos emballages soient recyclables ou réutilisables d’ici à 2025. Nos mesures appellent l’action et la responsabilisation de toutes les parties prenantes: gouvernements, entreprises privées, ONG, villes, associations et fondations.

Nous avons plusieurs initiatives en cours. Nous faisons partie d’Ellen MacArthur Foundation et nous travaillons de concert avec l’industrie pour résoudre collectivement les questions de la pollution plastique.

En outre, la problématique de la pollution plastique ne peut se résumer qu’aux déchets d’emballages, que l’on voit, c’est plus complexe.

Que répondez-vous aux critiques à cet égard qui qualifient de pur marketing vos déclarations?
 
J’appelle ici la collectivité à éviter de critiquer, d’attaquer, de sermonner, sans toutefois amener des solutions. Certaines ONG ou certains activistes ont une voix, qui converge vers ce message de simplification. Le message schématique est alors aisément compris par les consommateurs du monde entier, tellement il est simple. La réalité est beaucoup plus complexe que cela. Il n’existe pas de solution miracle, qui, en un claquement de doigt, résoudrait tout. Ce n’est pas le cas. Mais ce qui est sûr, c’est que nous avons tous un rôle à jouer pour résoudre ce défi. Et nous, chez Nestlé, sommes déterminés à jouer le nôtre.

Mais il ne faut pas stigmatiser l’emballage des aliments, qui est clé dans la sécurité alimentaire et l’hygiène.

Nous apprenons beaucoup de nos collaborations sur le terrain et nous utilisons cette expérience pour influencer d’autres acteurs. Par cet apprentissage, nous conseillons nos interlocuteurs sur nos différents marchés, afin de choisir la meilleure option possible de collecte, tri et recyclage.
 
Nos déclarations d’intention se traduisent en action. C’est le cas de notre projet Neutralité, qui consiste à collecter 1 tonne de déchets pour une tonne produite (one ton in, one ton out) sur 12 marchés dans le monde Nestlé. En tant que leader, nous sommes sur le terrain et nous agissons.


En tant que market global leader, Nestlé ne pourrait-il pas être à l’initiative d’un consortium, qui regrouperait les 5 marques leaders dont les déchets sont retrouvés sur la planète (océans, rivières, sols, …)?

Il existe déjà de multiples initiatives, groupes, consortiums, groupes de travail, auxquels Nestlé et les autres global leaders participent activement.

A mon avis, il y a déjà plusieurs consortiums et en créer un autre disperserait nos efforts et nous ferait perdre encore du temps à coordonner ces nombreux comités au lieu de réaliser les changements requis.
 

Certes tout chiffre est difficile à articuler, mais pourriez-vous nous donner un ordre de grandeur du budget que Nestlé consacre à cette lutte contre la pollution plastique, selon les 3 piliers annoncés?

Au-delà du coût, ce qui est important, est d’offrir aux consommateurs des produits qui répondent à leurs besoins et leurs aspirations et alignés sur les critères de respect de l’environnement. En tout état de cause, dans tout ce que nous initions, nous ne ferons aucun compromis sur la sécurité alimentaire.

Toutefois, trouver des solutions alternatives aux emballages plastiques est un long cheminement dans lequel nous sommes engagés. Nos efforts tout au long de notre chaine d’approvisionnement portent leurs fruits. Nous avons déjà réduit d’une centaine de milliers de tonnes la quantité totale de nos emballages depuis 2015.


Pouvez-vous nous en dire plus sur le nouvel institut du packaging Nestlé?

Une équipe de 50 scientifiques, rapportant au directeur de notre centre de recherche, est dédiée à ce nouvel institut, dont l’inauguration sera annoncée très prochainement. A ce moment-là, nous partagerons nos initiatives clés dans les détails.


Afin d’illustrer concrètement la vision de Nestlé basée sur les 3 piliers communiquée par Mark Schneider, CEO, quelles sont les actions prioritaires prises par Nestlé, pour contribuer à la mise en place d’une économie circulaire?

Pour l’élimination progressive des emballages non-recyclables (premier pilier), Nestlé a créé l’institut de packaging pour évaluer et développer différents matériaux d’emballage durables. Nous avons aussi entamé une collaboration avec PureCycle Technologies en vue de produire du polypropylène (PP) recyclé de qualité alimentaire. Nestlé travaille aussi en partenariat avec Danimer Scientific, un développeur et fabricant de produits en plastique biodégradable, pour le développement de bouteilles biodégradables.
 
Pour le façonnage d’un avenir sans déchet (deuxième pilier), nous avons rejoint d’autres industriels dans Africa Plastic Recycling Alliance; nous travaillons avec le groupe Veolia; nous avons aussi un projet pilote avec Systemiq et Borealis en Indonésie, dénommé projet STOP.

Pour lutter contre les déchets plastiques dans l'océan, menace particulière pour l'Indonésie, ainsi que pour d'autres pays de l'Asie du Sud-Est, Nestlé est ainsi devenue la première entreprise du secteur alimentaire à s'associer au projet STOP, lancé en Indonésie en 2017. Le projet STOP est une initiative majeure visant à prévenir les fuites de plastique dans l'océan en développant des partenariats avec des villes et des gouvernements d'Asie du Sud-Est. Le projet STOP crée des systèmes de gestion des déchets durables, circulaires et peu coûteux, qui exploitent le plus possible la valeur des déchets. Il soutient les nombreuses initiatives locales et les collecteurs de déchets informels existants dans les zones côtières indonésiennes. - Nos travaux se concentrent maintenant sur Java oriental, en Indonésie - au cours des prochains mois, nous communiquerons plus de détails sur les progrès accomplis.
 
En ce qui concerne le troisième pilier, nous aidons à façonner un avenir avec de bons comportements. Nous avons par exemple célébré le World Oceans Day le 8 Juin. Au cours du mois de juin, plus de 13.000 employés Nestlé et leurs familles ont participé aux activités de ramassage de déchets dans 80 pays. Cela inclut une action en Suisse le 22 Juin au bord du lac Léman.

Les consommateurs ont un important rôle à jouer également.


Le plastique et l’emballage à usage unique, risque numéro 1 pour Nestlé?

Le plastique fait très certainement partie de nos plus importants défis et risques. Dans les pays en voie de développement, où certains consommateurs ont à peine les moyens de couvrir leurs besoins journaliers, les défis du plastique à usage unique sont encore plus poignants. En même temps, il faut continuer de proposer des produits alimentaires de qualité et bien protégés pour répondre aux besoins de ces consommateurs.

Nous travaillons donc sur des solutions répondant à ces attentes de qualité, de disponibilité, abordables qui n’ont pas d’impact négatif sur l’environnement. Comme par exemple des modèles alternatifs de livraison de nos produits et les emballages réutilisables.

L’un des soucis premiers des consommateurs aujourd’hui, est la protection de l’environnement. Et cela est en ligne avec nos valeurs d’entreprise, qui ont toujours été ancrées dans le respect: le respect de soi, des autres, de la diversité et de l’avenir.





 
 
 
 

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