Une initiative tendancieuse

dimanche, 13.01.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Le terme mitage désigne la prolifération anarchique des logements en milieu rural ou campagnard. Nous voterons sur une initiative en février qui imposerait que toute extension de la zone à bâtir soit compensée par la soustraction à cette zone d’une surface rendue au domaine agricole. Il ne s’agit pas de mitage mais de gel définitif de la zone à bâtir. La LAT vise déjà à éviter le «mitage» proprement dit sans geler définitivement la zone constructible. Car la population continue à croître, de près d’un million et demi entre 1998 et 2018. Malgré une natalité déficiente, l’immigration compense et au-delà le risque de dépeuplement. Il faut loger ce surcroît.

La question est dès lors: la Suisse doit-elle produire une large proportion de son alimentation? Actuellement l’agriculture suisse est subventionnée par nos impôts à hauteur de 3 milliards: nous ne payons pas le panier de la ménagère seulement à la caisse du supermarché, mais aussi en remplissant notre feuille d’impôts Même ainsi, le revenu des agriculteurs est insuffisant, ils abandonnent la profession, non pas parce que la terre manque mais parce qu’ils ne peuvent pas vivre de leur travail. L’importation de nourriture produite ailleurs, dans de meilleures conditions matérielles, avec des salaires moins élevés, exerce une pression sur les prix consentis aux producteurs suisses. Néanmoins, même en ne rémunérant pas correctement ses fournisseurs, la distribution suisse propose des produits plus chers qu’à l’étranger, ce qui entraine un tourisme d’achat de 12 milliards par an, quatre fois plus que les subsides aux agriculteurs suisses.

La question devient: quelle proportion de notre nourriture devons-nous produire et, en conséquence, quelle superficie de terres agricoles doit être absolument préservée? Il ne peut être question de produire aveuglément tout ce que nous produisons, sauf à supporter le système actuel, peu efficace, coûteux en termes de pouvoir d’achat, indigne pour les paysans.

Le PIB suisse par habitant est en dixième position mondiale. Il est dépassé par Singapour, Etat minuscule. Presque la population de la Suisse qui serait entassée sur le seul territoire de Glaris. Il ne produit certainement pas sa nourriture Dès lors la question devient: quelle économie voulons-nous pour la Suisse? La France produit un PIB par habitant qui est la moitié de celui de la Suisse parce que son industrie est moins développée tandis que les régions rurales sont abandonnées, ce qui a suscité la révolte des gilets jaunes.

Le peuple suisse souhaite et emporte que son salaire soit le plus élevé possible, en fait le meilleur salaire du monde, en travaillant dur dans une économie de pointe. La gouvernance de ce pays doit s’incliner devant cette volonté, comme je l’explique dans mon dernier livre Le Secret des Suisses.

* Professeur honoraire, EPFL





 
 
 

AGEFI

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