Transmission d'entreprises par succession: un projet de loi sans volet fiscal!

jeudi, 20.06.2019

Serge Migy* et Deborah Joye**

Serge Migy et Deborah Joye

Les PME constituent le poumon de notre économie et représentent deux tiers des emplois en Suisse. Environ 75% d’entre elles sont des entreprises familiales et particulièrement concernées par le thème de la succession d’entreprise.

Le Conseil fédéral met en consultation jusqu’à fin août un projet de révision du droit des successions visant à faciliter la transmission d’entreprises au sein de la famille. Ce projet n’aborde toutefois pas les aspects fiscaux dans la mesure où l’impôt sur les successions et donations n’est pas du ressort de la Confédération mais exclusivement des cantons. Toutefois, ces questions sont généralement étroitement liées à la transmission du patrimoine familial. 

Lorsque l’entreprise est cédée à un membre de la famille au prix du marché, le produit de la vente rentre dans le patrimoine du vendeur sous forme de liquidités et est transmis à ses héritiers (en principe après sa mort) selon les règles successorales applicables. Dans ce scénario, les situations de blocage sous l’angle civil et fiscal sont limitées et le partage entre les héritiers est généralement plus aisé.

L’environnement juridique se complique sensiblement lorsque l’on désire garder l’entreprise dans le cercle familial mais que le(s) repreneur(s), pour différentes raisons, ne rachète(-ent) pas l’entreprise au prix du marché.

Afin de supprimer certaines difficultés que connaissent les chefs d’entreprise ou leurs héritiers dans les partages successoraux, le Conseil fédéral propose une série de mesures spécifiques sous l’angle du droit civil. Lors de sa séance du 10 avril 2019, il a ouvert une consultation sur un projet de modification du code civil.

Le projet de loi en bref

En substance, le Conseil fédéral prévoit les mesures suivantes:

- accorder aux héritiers un droit à l’attribution intégrale d’une entreprise dans le partage si le défunt n’a pas pris de disposition à ce sujet;

- l’institution en faveur de l’héritier repreneur de la possibilité d’obtenir des délais de paiement à l’égard des autres héritiers;

- l’établissement de règles spécifiques en matière de valeur d’imputation des entreprises;

- le projet renforce enfin la protection des héritiers réservataires.

Le volet fiscal: le grand oublié

En matière de successions familiales de PME, les aspects fiscaux sont cruciaux si l’entreprise familiale est attribuée à un membre plus éloigné de la famille. Dans ce cas, les impôts sur les successions/donations peuvent devenir un casse-tête et rendre la transmission de l’entreprise très difficile, voire totalement impossible. 

Malheureusement, le volet fiscal dans le projet de modification de loi du Conseil fédéral n’a pas été intégré de façon volontaire. Cela étant, une réflexion de fond sur les conditions cadres en matière fiscale aurait été la bienvenue. Les modifications de droit civil proposées par le Conseil fédéral ne permettent pas, en l’état et loin s’en faut, de résoudre certaines situations insolubles (notamment les transmissions non onéreuses entre différentes branches familiales très éloignées), à défaut d’avoir un cadre fiscal approprié. On peut espérer que ce projet de loi puisse ouvrir les débats au niveau cantonal et pousser certains cantons à revoir leur législation fiscale au regard de ces modifications, notamment en lien avec la valorisation des sociétés.

* Associé et responsable des activités fiscales, Mazars
** Directrice, Mazars 





 
 
 

AGEFI

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