Se promouvoir ou travailler, quel est le bon équilibre?

mercredi, 22.05.2019

Céline Renaud*

Céline Renaud

Il y a bien quelques années, dans une entreprise horlogère, je m’étonnais des profils hétéroclites présents. Avec le temps, j’ai distingué une tendance d’exclusivement deux catégories de personnes au travail: celles qui travaillent et ne disent rien et celles qui font la promotion de leurs propres actions.

Ces dernières me semblaient passer plus de temps à dire ce qu’elles faisaient plutôt qu’à travailler réellement. Une collègue par exemple parlait plus fort dès qu’elle téléphonait dans d’autres langues … surtout quand la porte du bureau de son supérieur était ouverte. Lui, ne parlait pas ces langues. Moi oui, et je pouvais juger de la qualité médiocre de ses conversations. Elle passait plus de temps à expliquer aux autres ce qu’elle faisait alors qu’à mes yeux, cela semblait bien peu. D’autres collègues avaient des traits similaires. Je n’arrivais pas à comprendre cet état de chose, ni à l’accepter. Fille d’entrepreneur, j’avais appris à travailler sans relâche et à me focaliser sur mon action. 

D’un autre côté, j’étais attirée par des profils que je nommais alors les travailleurs silencieux. Eux, ils avançaient, beaucoup plus vite et ils étaient toujours riches d’enseignements. Souvent, ils n’étaient selon moi pas reconnus à leur juste valeur, voire pire… Leur travail s’était fait approprier par les membres de la première catégorie. Et je criais à l’injustice du haut de mes quelques vingt années et plus. Je me disais alors que l’idéal devait se trouver quelque part entre ces deux extrémités, que les silencieux devaient eux aussi prendre de la voix pour clamer haut et fort ce qu’ils avaient accompli. Au lieu de cela, ils étaient simplement plus intéressés à avancer et à faire!

Aujourd’hui, dans ma perception d’entrepreneure, je trouve important de savoir ce qui a été réalisé. Cette communication me semble d’autant plus importante que je ne peux pas deviner ce que les employés font exactement, à quoi ils en sont, les challenges auxquels ils font face et surtout ce qu’ils ont au fond de leur pensée.

Je n’accepte toujours pas les verbiages inutiles ou les discours vides de sens mais j’apprécie un peu plus de communication interne. Il est fondamental, surtout dans notre culture de taiseux, de communiquer un peu plus. Nous pourrions imaginer cela comme une danse où chacun a sa place et son rôle à jouer et chacun doit savoir ce que font les autres. Je préfère de loin cette image de la danse à celle du footballeur qui crie de douleur et se roule par terre pour simuler une grave blessure et tenter de défavoriser l’adversaire!

Le même «décodeur» est nécessaire pour comprendre les collègues qui parlent de «biais», c’est-à-dire qui disent une chose sans vraiment la penser et qui utilisent simplement cet outil pour se positionner par rapport à leurs interlocuteurs. C’est alors que mon sang ne fait qu’un tour et que j’ai envie de leur crier de retourner au travail, pour faire simplement, en leur âme et conscience, du mieux qu’ils le peuvent.

Dès lors, utilisons notre célèbre consensus suisse pour faire un peu des deux en proportions convenables, soit travailler et se promouvoir tout de même un peu à titre de communication interne. Avoir une parole impeccable est un des outils les plus puissants et les plus inspirants à titre professionnel comme à titre privé.

* CEO et fondatrice, JMC Lutherie 





 
 
 

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