Réhabiliter l’esprit critique pour préparer les talents de demain

jeudi, 16.05.2019

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

Les oiseaux de mauvais augure en sont pour leurs frais! Les conclusions de l’enquête conjoncturelle printanière de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) laissent entrevoir des perspectives économiques favorables pour la grande majorité des entreprises du canton en 2019. L’apport de collaborateurs bien formés y contribuera largement.

Stabilisation ou hausse du chiffre d’affaires et légère augmentation des effectifs en 2019: les signaux sont au vert pour les entreprises vaudoises, selon l’enquête semestrielle de la CVCI. La situation est particulièrement réjouissante dans le secteur secondaire, où un quart des sondés envisagent une hausse du nombre d’emplois. Les répondants prévoient en outre une légère reprise des investissements, confirmant une tendance observée l’an dernier.

Ces perspectives encourageantes surviennent dans un contexte pour le moins incertain, comme le Brexit, les relations compliquées entre la Suisse et l’Union européenne ou encore les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Notre «Baromètre des préoccupations des entreprises» montre d’ailleurs que la situation économique générale constitue la principale appréhension des entrepreneurs. Les PME de moins de 30 employés ont des inquiétudes à propos de la recherche de nouveaux clients, alors que celles comptant plus de 100 employés soulignent la difficulté de recruter. Dans ce contexte, le monde de l’économie montre son attachement aux accords qui nous lient à l’Europe. Ainsi, 60% des entreprises estiment que les difficultés de recrutement se feraient sentir encore davantage en cas de résiliation des Bilatérales, une proportion qui culmine à 96% au sein des grandes entités.

Si la pénurie de main-d’œuvre ne saurait être résolue par la seule voie politique, la robotisation pourrait en revanche permettre d’en atténuer les effets, du moins en ce qui concerne les tâches répétitives. Dans sa récente étude «Humains recherchés pour épauler les robots», Manpower met en exergue les espoirs que suscite l’automatisation. Dans 35 des 44 pays couverts par son enquête, un nombre croissant d’entreprises prévoit d’augmenter ses effectifs ou de les maintenir à leur niveau plutôt que de les réduire. «Les entreprises qui se sont déjà engagées sur la voie de la digitalisation sont en plein développement, et cette croissance génère de nouveaux emplois originaux et encore peu répandus», relèvent les experts. 

C’est une bonne nouvelle: les employeurs tendent à mettre en valeur les compétences humaines. L’étude précitée prévoit que d’ici à 2030, «la demande de qualités humaines tant sociales qu’émotionnelles va progresser, tous secteurs confondus, de 26% aux Etats-Unis et de 22% en Europe». Ces talents ne vont toutefois pas émerger comme par miracle. Dans cette révolution en cours, «les entreprises doivent entretenir une culture de l’apprentissage, aiguiller leurs employés sur la gestion de leur carrière et leur proposer des solutions pour acquérir des compétences nouvelles à travers des modules brefs et ciblés», estiment encore les auteurs de l’étude.

La formation continue, c’est bien. Mais la formation initiale revêt elle aussi une importance capitale. Dans ce monde en perpétuelle mutation, l’école a plus que jamais la mission de revaloriser l’esprit critique afin de préparer les talents à venir. Jusqu’à présent, elle a formé des générations d’élèves forts en maths, au détriment de la réflexion. Réhabiliter l’humain permettra aux employés de demain de faire valoir des soft-skills et des compétences relationnelles indispensables pour relever les défis qui se profilent.

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie





 
 
 

AGEFI

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