Que penser de la croissance américaine?

mardi, 05.03.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Les chiffres du produit intérieur brut (PIB) américain sont généralement publiés en trois versions, espacées dans le temps, pour chaque trimestre. La première publication pour le quatrième trimestre 2018 a été retardée par la fermeture du gouvernement et «fusionnée» avec la première révision, publiée le 28 février. Les États-Unis publient leurs chiffres du PIB «annualisés», c’est-à-dire l’évolution trimestrielle multipliée par quatre.

Sur cette base, la croissance du PIB réel au quatrième trimestre a reculé à 2,6%, après 3,4% au troisième trimestre. En glissement annuel, c’est-à-dire au quatrième trimestre 2018 par rapport au quatrième trimestre 2017, la croissance s’établit à 3,1%, un chiffre légèrement supérieur à celui enregistré au troisième trimestre 2018 sur la même base (3%). Une autre définition du PIB est le niveau annuel par rapport à celui de l’année précédente. Sur cette base, la croissance s’établit à 2,9% en 2018, contre 2,2% en 2017, faisant de l’année 2018 (avec 2015) l’année présentant la plus forte croissance depuis le début du cycle, qui remonte maintenant à 10 ans. En fonction de la définition utilisée, la croissance du PIB américain a donc à la fois accéléré et ralenti en 2018.

Comment doit-on donc analyser la situation? Il nous faut un point de référence, par rapport auquel il devient possible de jauger la performance. En ce qui concerne le PIB, l’estimation de la croissance potentielle peut jouer ce rôle. La croissance potentielle est la croissance qui se ferait avec les ressources actuelles (main d’œuvre et capital), sans rien changer dans les processus. Au quatrième trimestre 2018, le «Congressional Budget Office» estimait la croissance potentielle à 2.1% en rythme annualisé. Ainsi, indépendamment de la définition utilisée, la croissance du PIB a dépassé la croissance potentielle depuis 2015. On ne peut donc pas objectivement considérer la croissance américaine comme étant «faible» quand elle dépasse son point «neutre», incarné par la croissance potentielle.

Pendant la crise de 2008, la croissance réelle est bien sûr tombée largement en dessous de son potentiel, créant un écart de production négatif. Au fur et à mesure de la reprise, l’écart s’est progressivement resserré. Toujours selon le Congressional Budget Office, l’écart de production américain a été totalement comblé vers le milieu de l’année dernière, pour se situer à +0.8% du PIB fin 2018 – encore un facteur de comparaison qui indique que dans l’absolu, l’économie américaine se porte plutôt bien.

En somme, l’année 2018 fut une bonne année pour l’économie américaine. La réduction des impôts a eu un effet positif sur la croissance (mais négatif sur le budget fédéral) qui a été plus important que le frein qu’ont représenté les hostilités du côté du commerce international. Cette année, l’effet lié à l’allègement fiscal s’estompera; et en ce qui concerne le commerce, la question demeure encore très ouverte. Toutefois, la probabilité que les Etats-Unis répètent en 2019 la performance économique de l’année 2018 est malheureusement faible.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management





 
 
 

...