Quand l’EPFL délocalise ses chercheurs en Valais

vendredi, 21.09.2018

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Parmi les multiples initiatives courageuses de Patrick Aebischer, on peut citer une volonté affirmée de décentraliser l’école fédérale basée à Lausanne. Cette politique n’est pas évidente dans la tradition universitaire. Selon sa définition originale, universitas studiorum, le but de l’université est de professer de omnibus rebus et quibusdam aliis, (au sujet de tout ce que l’on peut savoir et même de plusieurs autres).

C’est la coexistence en un campus de diverses facultés, qui définit une université, tant il est vrai que le savoir des hommes est un tout que l’on ne peut fragmenter ou isoler. Les paléontologues ont besoin de physiciens pour dater leurs découvertes et ceux-ci des mathématiciens pour définir des modèles de la Nature.  De grands projets naissent au détour d’une conversation impromptue dans une cafeteria.

En soi, l’existence des deux Ecoles polytechniques suisses viole cette règle, comme c’est d’ailleurs le cas pour la plupart des écoles d’ingénieurs à travers le monde. Lors de leur création au XIXe siècle, on a estimé que la technique n’avait pas sa place à l’université, que ce n’était pas un savoir, mais un savoir-faire empirique. On serait aujourd’hui presque de l’opinion contraire. A tort ou à raison, la technique qui conditionne l’économie est le facteur principal de la croissance, c’est-à-dire du seul progrès que nous reconnaissions.

La Valais est un vieux pays, occupé depuis les temps les plus reculés, entré dans l’Histoire avec les Romains. Il demeure largement ce qu’il fut: pays d’agriculture et plus récemment de tourisme. La modernité ce furent les barrages. Mais il n’y avait point d’institutions universitaires. Il n’était pas anormal pour l’EPFL de placer des extensions à Neuchâtel, Genève et Fribourg en collaboration avec les universités locales. En revanche placer des laboratoires de recherche à Martigny, Sion et Sierre revenait à installer ces chercheurs en dehors de campus existants et du bouillon de culture scientifique qu’ils constituent selon la tradition. Or celle-ci a changé.

Le risque ne s’est pas matérialisé car ces laboratoires fonctionnent aussi bien que s’ils étaient à Lausanne. Cela rejoint une remarque d’Albert Einstein à qui l’on demandait quel serait son travail préféré et qui mentionna gardien de phare parce que l’on n’y est pas distrait par son environnement. Il y a des avantages et des inconvénients à la proximité et à l’éloignement. En l’occurrence ils se compensent parfaitement parce que la communication à distance est devenue instantanée grâce à Internet. Plus que la cohabitation avec des disciplines différentes, un laboratoire est surtout en liaison permanente avec d’autres laboratoires situés dans le vaste monde traitant du même sujet de recherche. La délocalisation s’inscrit donc dans  la ligne d’une autre initiative de l’EPFL, les MOOC qui dispensent le même enseignement à des dizaines de milliers d’étudiants dans tous  les pays par le truchement d’Internet. Aujourd’hui le campus est la planète.

* Professeur honoraire EPFL





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...