Produire de l’intelligence collective pour mieux apprendre

dimanche, 24.03.2019

Christophe Clavé*

Christophe Clavé

Dans les colonnes de l’Agefi je publiais le 14 janvier dernier une chronique dédiée à l’intelligence collective. Je me référais à des études scientifiques qui ont démontré l’existence de l’intelligence collective et les conditions de sa mise en œuvre. Je poursuis avec mes étudiants les expériences dans le but d’atteindre en petits groupes des niveaux de performance cognitives qu’ils n’auraient pas atteint seuls. Et ça fonctionne. Pas toujours bien sûr. Je vous en livre ici le résultat, sans aucune prétention scientifique.

Tout d’abord expliquer le pourquoi du comment. Lorsque je demande aux étudiants de travailler en groupes de trois à cinq étudiants, et de suivre un mode opératoire prédéfini, je leur en explique les raisons. Je mentionne les recherches qui ont montré l’existence de l’intelligence collective qui est supérieure à la somme des intelligences individuelles. Je leur explique les conditions nécessaires à sa création: développer sa sensibilité sociale c’est-à-dire être à l’écoute des autres, de leurs émotions, de leurs attitudes, laisser un temps de parole équivalent à chacun dans le groupe, échanger librement sur sa compréhension du support sur lequel ils travaillent, entendre ce que les autres ont en compris, et surtout, construire et formaliser une interprétation commune.

Ne restez pas seul. Face à un travail à produire en groupe, le premier réflexe est souvent de distribuer les tâches entre les membres du groupe. Chacun travaille dans son coin, et on se retrouve plus tard pour mettre bout à bout nos résultats. Or c’est absolument ce qu’il ne faut plus faire. Je leur propose de suivre un protocole assez strict qui les fait travailler au même moment sur les mêmes sujets. Pas longtemps. Quelques minutes au plus. Au lieu de s’isoler et de travailler seuls chacun dans son coin à comprendre un exercice, lire un support écrit ou analyser une problématique, je leur demande d’avancer ensemble. Lisez un ou maximum deux paragraphes seuls. Puis faites un tour de table. Expliquez chacun ce que vous avez retenu et compris. Et écoutez les autres. Vous découvrirez des points nouveaux que vous n’aviez pas relevés, vos échanges vous conduirons à comprendre des éléments que vous n’aviez pas saisis seul, à ouvrir et explorer des perspectives nouvelles. Les étudiants ne sont plus seuls ce qui est souvent source de démotivation. Ils avancent ensemble dans des séquences courtes qu’ils enchainent de plus en plus vite avec l’expérience. Le savoir ne leur est plus inculqué, ils le construisent ensemble.

L’importance de la restitution. L’exercice se termine presque toujours par une restitution des groupes à la classe. Cette restitution est essentielle. Puisque les étudiants savent depuis le début qu’ils auront à exposer le résultat de leur travail, ils intègrent dès le démarrage la nécessité de formaliser, de verbaliser, de synthétiser. Surtout, les restitutions font apparaitre des différences d’interprétation et de compréhension entre les groupes. Et c’est là que se fait le double loop cognitif. Ils apprennent du travail des autres.

Et le plaisir en prime. Un des effets que je n’attendais pas forcément de ces expériences réside dans le plaisir que procure ce travail collectif. La découverte de ses capacités à réaliser des tâches complexes au bout desquelles on ne serait pas forcément allé seuls donne confiance pour aborder de nouveaux défis.

A l’école, en entreprise, essayez le travail collectif, pour plus d’intelligence et de plaisir à apprendre et à innover.

* Professeur de stratégie et management, INSEEC SBE





 
 
 

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