Pourquoi la droite semble-t-elle climatosceptique?

dimanche, 25.08.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Cette question intrigue. La définition de la droite est son nationalisme, son soutien de l’économie libérale, sa méfiance de l’Etat, son pragmatisme. D’où provient le déni de réalité que constitue le climatoscepticisme, qui devient insoutenable tant les signes de la transition climatique se font visibles? 

Il faut chercher quelque raison pour que la droite défende cette thèse. Elle-même en avance trois :  il n’y a pas de réchauffement climatique ; s’il y a un réchauffement, il n’est pas du fait de l’homme ; le serait-il même, qu’il ne constitue pas une catastrophe. L’argumentaire oscille entre les trois positions. Comme rien n’est sûr et que tout est vague, on peut défendre toutes les thèses car elles s’annulent mutuellement. 

Pour sortir de cette controverse, on peut se référer à la théorie mathématique des jeux. Sans la développer, on illustrera son champ d’application par un exemple simple. Si plusieurs grandes surfaces sont en concurrence sur un territoire donné, la somme de leurs chiffres d’affaires est déterminée par le nombre et le pouvoir d’achat des consommateurs. Tout ce que l’une peut gagner est déduit de ce que gagnent les autres : c’est un jeu à somme nulle. En supposant que la concurrence ne peut porter sur les prix ou sur la qualité, le seul paramètre disponible est la durée d’ouverture. Lorsqu’une surface l’augmente, les autres sont obligées de suivre et, à la limite, le service devient disponible sept jours sur sept y compris la nuit. Tel est le cas aux Etats-Unis. 

Si au contraire on désire protéger le personnel et prévenir une surenchère ruineuse pour les consommateurs, il faut que les pouvoirs publics interviennent et fixent des heures limites, comme en Europe. Ce qui suppose un Etat de droit. Ainsi, dans un jeu à somme nulle, la plus mauvaise solution finit par s’imposer jusqu’à ce qu’un agent extérieur intervienne.

Ce schéma se transpose dans la transition climatique. Aussi longtemps qu’ils sont libres de leurs choix, les Etats refusent de réduire leur empreinte CO2, parce que leur capacité concurrentielle en souffrirait au bénéfice des autres Etats. Dès lors, tous se regardent en chiens de faïence, signent tous les traités du monde, mais se gardent de les appliquer. 

La maîtrise du climat constitue un problème planétaire parce qu’il n’y a qu’un seul climat et une seule planète. L’incurie des uns nuit à tous, y compris au coupable. Or, l’enjeu ultime est la survie de l’espèce. A ce problème planétaire il n’existerait qu’une seule solution : un exécutif planétaire doté de moyens de coercitions pour se faire obéir de tous. L’Etat-nation deviendrait une survivance du passé. C’est insupportable pour la droite. Puisque la solution ne lui agrée pas, elle se résigne à prétendre, à l’encontre de l’évidence, qu’il n’y a pas de problème.

* Professeur honoraire, EPFL





 
 
 

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