Pour une mondialisation responsable

lundi, 04.02.2019

René Longet*

Les grands enjeux environnementaux – climat, biodiversité, océans, pollutions (le plastique!) – tout comme les objets qui nous entourent au quotidien, aux composantes originaires des quatre coins de la planète, le soulignent: la mondialisation est une réalité.

Mais la mise en compétition inégale – standards sociaux et environnements très différents, paradis fiscaux, pavillons de complaisance – nommée fallacieusement «avantages compétitifs» n’est acceptée par les populations que tant que leur niveau de vie n’en est pas menacé.

Or le moteur des «30 Glorieuses» semble bien grippé, si bien qu’entre les acteurs de cette concurrence inégale et le commun des mortels, la confiance est bien entamée. Le cerveau reptilien prend le dessus et, comme un animal blessé, l’on s’arc-boute sur un réflexe territorial: le repli derrière les frontières nationales. 

Impossible autarcie

Le débat politique du XXIe siècle ne saurait se limiter à un affrontement entre un libéralisme sans foi ni loi, sans objectif autre qu’une maximisation des rendements financiers pour quelques-uns et un repli rageur et régressif rêvant d’une impossible autarcie.

Seule une re-régulation à la bonne échelle, celle du monde, celle d’un continent, nous sortira de là. Les traités de libre échange sont aujourd’hui rejetés par de larges parts de l’opinion et de nombreux gouvernements, à juste titre, car sans garde-fous écologiques, éthiques et sociaux. Pour d’aucuns, le libre marché devait même être opposable aux conventions environnementales ou aux standards sociaux de l’OIT. En réalité, de tels accords sont nécessaires – non pour promouvoir à outrance les échanges mais pour leur imposer un cadrage environnemental et social.

Mécanismes de vérification pas toujours fiables

En attendant, des normes volontaires se développent, avec leurs limites liées à leur caractère non obligatoire, à leurs exigences variables et à des mécanismes de vérification pas toujours fiables. Certains engagements sont à large spectre, comme le Global Compact lancé en 2000 par Kofi Annan. Mais tout particulièrement face aux multinationales qui jouent de la faiblesse des Etats, il faut des textes ayant force de loi. On le voit pour l’informatique, pour le climat, pour les flux financiers...

Ces dernières années, de telles législations ont été édictées en France (loi relative au devoir de vigilance des sociétés de 2017) ou en Grande Bretagne (Modern Slavery Act de 2015) ou sont en préparation, comme en Allemagne. En Suisse, suite au dépôt de l’initiative pour des multinationales responsables, un contre-projet est en discussion au parlement. Il est temps que les Etats se réveillent et prennent leurs responsabilités.

*Expert en développement durable





 
 
 

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