Plaidoyer contre la transparence

mardi, 15.01.2019

Jean-Marc Probst*

Jean-Marc Probst

La transparence est une notion subjective. Si on dit de quelqu’un qu’il est transparent, c’est plutôt négatif car on sous-entend qu’il n’a pas beaucoup d’idées ou d’influence. Si, par contre, un dossier est transparent, c’est plutôt positif car on y a trouvé toutes les informations que l’on cherchait.

Très à la mode, la transparence est évoquée dans bien des contextes: sur les salaires octroyés aux chefs d’entreprise, sur les frais de voyage, sur les destinations de vacances, sur qui paye ces voyages et sur tant d’autres éléments qui, finalement, ne relèvent que du voyeurisme.

Je le prétends avec conviction: «Cette transparence n’est autre que le contraire de la confiance.» Et je persiste en affirmant: «Nous ne savons pas combien ils gagnent, nous ne savons pas quels frais ils génèrent, nous ne savons pas où ils vont en vacances et nous ne savons pas qui a payé ces voyages. Mais nous leur faisons confiance.»

La confiance est une valeur. Comme le respect, la responsabilité, la générosité… Une valeur sur laquelle les bases de la société ont pu s’appuyer et se développer jusqu’à ce jour. Une valeur qui nous a permis et va nous permettre encore d’imaginer et de construire un monde meilleur. Au contraire, la transparence ne peut mener qu’à des déceptions, des suspicions et finalement des destructions.

Imaginez un couple où la confiance réciproque ne règne pas. Si l’un des deux rentre plus tard que d’habitude, la bonne question basée sur la confiance sera «As-tu passé une bonne soirée?» tandis que celles basées sur la transparence seraient «Tu étais où? Avec qui? De quoi avez-vous parlé si longtemps?» Si le premier couple a de bonnes chances de fêter ses noces de bronze, d’argent, d’or et même de diamant, l’autre couple sera très certainement bientôt en train de consulter. Le «tout montrer - tout voir», qui se résume par la transparence sociale, est né avec la téléréalité et je l’associe plutôt à une pathologie déviante.

Restons sains d’esprit, ne glissons pas dans la transparence et continuons à faire confiance. Confiance dans les médecins qui nous soignent sans que nous sachions ce qu’ils gagnent, confiance dans les politiciens que nous avons élus sans nous préoccuper de qui paye leur voyages, confiance dans nos collègues, nos amis et nos partenaires. La confiance est un comportement vertueux qui peut éviter bien des soucis. Il faut en faire usage sans modération et bannir cette idée que la transparence peut nous conforter.

Faisons également confiance à la presse pour qu’elle retrouve la place qui est la sienne. Bien sûr il y des rumeurs et des fake news, mais la très grande majorité des informations que nous recevons sont fiables et la très grande majorité des journalistes recherchent la vérité. Ils sont plus souvent au service des faits que des causes ou des manipulateurs.

Et puisque qu’il faut en principe commencer par soi-même, ayons confiance en nous. Le début d’une année est souvent synonyme de bonnes résolutions. Pourquoi ne pas bannir le temps perdu à la recherche de la transparence et miser nos efforts sur la confiance? A n’en pas douter tous ceux qui appliqueront cette règle avanceront plus vite et iront plus loin en 2019.

* Président, Probst Group Holding





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...