L'investissement durable au lieu de l’initiative pour des multinationales responsables

mercredi, 27.03.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Cela a fait du bruit dans le landerneau des commentateurs politiques quand le Conseil des Etats a rejeté à la mi-mars l’Initiative pour des multinationales responsables (IMR) sans y adjoindre la contreproposition élaborée auparavant.

Même si l’affaire va retourner dans l’immédiat au Conseil national pour un nouveau tour de consultation, il est de plus en plus probable que cette initiative débouchera sur une votation populaire sur le mode du «tout ou rien».

Seul l’avenir dira s’il est habile, d’un point de vue tactique, de soumettre l’initiative à la votation sans contre-projet. En général, une contre-proposition reprend les demandes de l’initiative, mais sous une forme atténuée, si bien que dans le cas d’une telle votation, c’est le plus souvent cette version, et non l’initiative elle-même, qui l’emporte.

Mais, dans les milieux proches du monde économique, la résistance était manifestement forte contre une responsabilité drastique des entreprises suisses, notamment en comparaison internationale, le long de toutes leurs chaînes mondiales de création de valeur. Si forte même, que prendre le risque d’une confrontation directe avec l’initiative a semblé la meilleure voie.

Dans ce chassé-croisé à propos de l’IMR, les protagonistes semblent avoir complètement perdu de vue l’essentiel. Car, aujourd’hui déjà, des mécanismes extrêmement efficaces et peu coûteux se développent, qui sont à même d’inciter aussi les grands groupes internationaux à adopter un comportement responsable d’un point de vue social et environnemental. Il s’agit de l’investissement durable.

Depuis de nombreuses années, les intermédiaires financiers offrent à leur clientèle de placement la possibilité d’investir en se fondant sur des critères de durabilité. Aujourd’hui, les entreprises cotées en bourse sont classées par les institutions les plus diverses selon les critères ESG (E pour environnement, S pour social, G pour gouvernance = gestion responsable de l’entreprise).

Seuls les instruments financiers (actions, obligations) d’entreprises qui satisfont aux exigences les plus strictes dans ces domaines ont leur place dans un portefeuille de placement durable.

Si maintenant les grands investisseurs institutionnels, mais aussi les investisseurs privés, choisissent volontairement des solutions durables, une discipline extrêmement efficace va se développer au fil du temps sur le marché des capitaux. Les entreprises ayant de mauvaises notes en matière d’environnement, de normes sociales ou de gouvernance constateront qu’elles ont de plus en plus de mal à accéder à des moyens financiers. En revanche, les entreprises exemplaires seront récompensées et pourront se refinancer sur le marché des capitaux à des conditions plus avantageuses.

Si l’investissement durable devient de plus en plus une norme pour les solutions choisies par les clients, la discipline imposée par le marché des capitaux sera un moyen beaucoup plus efficace d’atteindre les objectifs de l’IMR. Car cette dernière mise sur des interdictions et des règles contraignantes. Si le Parlement pouvait statuer à ce sujet, il aurait tout intérêt à soumettre la contreproposition «Investissement durable» à l’IMR.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

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