L’impossible référendum d’initiative citoyenne

dimanche, 03.03.2019

Jacques Neirynck*

Le président Macron est confronté avec une des revendications majeures des gilets jaunes: le référendum d’initiative citoyenne, ce que l’on appelle en Suisse d’initiative populaire. Chaque fois il renâcle, l’accepte pourvu que ce soit entouré de multiples barrières. Quand on cite l’exemple de la Suisse où cela fonctionne, il se braque: c’est bon pour un petit pays, nous n’avons pas la même histoire, il faut respecter la démocratie représentative. Si on insiste, il sort son argument majeur: «La Suisse ne marche pas aussi bien qu’on le pense.»

Or, tous les matins 300.000 frontaliers franchissent la frontière dans un seul sens. Pourquoi? Sont-ils frappés de folie? Abandonnent-ils des emplois bien payés en France pour venir au secours des Suisses sous-payés, dans un élan de générosité missionnaire?

On ne fera pas l’injure à ce président t compétent d’ignorer cette réalité. On peut au contraire créditer Emmanuel Macron de lucidité. Il feint de croire que la Suisse ne va pas si bien. Il essaie de calmer ses troupes par un pieux mensonge dont il n’est pas lui-même dupe. Il ne peut ni reconnaître la réalité, ni la dévoiler aux citoyens selon un travers de la politique bien comprise. Il y a les problèmes avec des solutions qui sont évidemment appliquées. Il y a des problèmes sans solutions dont il faut prétendre qu’ils ne se posent pas.

S’il fallait choisir l’origine primordiale de l’exception suisse, de la réussite économique, de la stabilité politique, de l’absence d’émeute et de chômage, ce serait la démocratie directe. Plus républicain que la Suisse n’existe pas. Le mode de fonctionnement de la Confédération est unique en son genre. Des décisions ont beau être échafaudées par le Conseil fédéral, débattues et arrêtées par les deux Chambres du Parlement, elles peuvent ou même doivent être soumises au peuple, qui possède le droit de les refuser.

Le peuple suisse est «le souverain». Il n’y a jamais eu de roi en Suisse, puisque le peuple en tient lieu. Il sait donc qu’il doit assumer tous ses choix politiques et qu’il ne peut jamais se défausser sur une classe dirigeante.

En sens inverse, il ne sert à rien qu’un pouvoir, même élu, impose des décisions judicieuses à un peuple si celui-ci ne les comprend pas, ne les approuve pas et les sabote. C’est ce que ne comprennent pas la plupart des dirigeants du monde. Car même si un gouvernement n’est pas satisfait de son peuple, il ne peut le démissionner.

Si le président de la France se rapportait à la réalité, il devrait honnêtement accepter le référendum d’initiative populaire. Cela signifierait démunir le président et le parlement d’une large partie de leurs pouvoirs. Le référendum d’initiative populaire revient à abdiquer la royauté élective. Mieux vaut encore une émeute à l’Arc de Triomphe qu’un bulletin dans les urnes.

*Professeur honoraire EPFL





 
 
 

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