Les deux principes à appliquer pour créer de l’intelligence collective

dimanche, 13.01.2019

Christophe Clavé*

Christophe Clavé

En 2010 une étude conjointe menée par Carnegie Mellon et le MIT (Massachusetts Institute of Technology) a montré que dans un groupe collaborant efficacement, se met en œuvre une intelligence collective dont les capacités excèdent la somme des intelligences individuelles présentes dans ce groupe. Il ressort de cette étude que la capacité d’un groupe à collaborer efficacement, et donc de créer de l’intelligence collective, est lié aux capacités d’empathie de ses membres.

L’existence d’une intelligence collective. Il est communément admis que l’intelligence individuelle peut se mesurer, et de nombreux tests et outils existent qui permettent cette mesure. Ce que démontre cette étude passionnante, et les nombreuses recherches qui ont suivi, c’est l’existence d’une intelligence collective dont les capacités dépassent largement la somme des intelligences individuelles du groupe. Et que cette intelligence collective peut se mesurer. Soumis à de nombreux tests et expériences, les groupes ayant adopté un travail collaboratif constructif ont systématiquement mis en œuvre un niveau d’intelligence impossible à atteindre par n’importe lequel de ses membres, et ce de façon consistante.

L’importance de l’empathie. Les groupes dont les membres étaient capables d’ouverture à l’autre, de «sensibilité sociale» c’est-à-dire d’entendre et de comprendre les émotions des autres, se révèlent plus performants, développant une intelligence collective supérieure. A l’inverse, les groupes influencés par un acteur dominant génèrent une intelligence collective plus faible. Si la performance du groupe est meilleure lorsqu’il se compose d’individus intelligents, la sensibilité sociale se révèle cependant être un facteur plus déterminant dans la performance du groupe. Autrement dit, mieux vaut un groupe composé d’individus socialement sensible et moyennement intelligent, qu’un groupe composé d’individus très intelligents mais peu empathiques.

La diversité du groupe n’est pas en soi un levier d’intelligence collective. Pour atteindre un niveau d’intelligence plus élevé, un groupe doit être divers. Mais jusqu’à un certain point. La performance du groupe décline au-delà d’un certain niveau de diversité parmi ses membres. Les différences entre les membres doivent donc exister, mais à un point où elles permettent de se comprendre, de ressentir les émotions des autres, et d’exprimer les siennes propres.

Sur ces bases, Google a conduit un projet («Aristote») visant à modéliser la composition d’un groupe pour le rendre le plus performant. Ce projet a analysé le fonctionnement et la composition de centaines de groupes de travail au sein de Google, avec les moyens qu’on leur connait. Ce projet confirme l’importance de la sensibilité sociale des membres des groupes étudiés, et ajoute une autre condition: chaque membre du groupe doit s’être exprimé environ autant que les autres, dans une ambiance suffisamment sécurisante pour autoriser la libre parole.

Ces études ouvrent de nombreuses opportunités. On apprend ici deux choses essentielles. D’abord un travail en groupe permet de développer une intelligence collective mesurable supérieure aux intelligences individuelles, fussent-elles élevées. Ensuite c’est bien l’attention à l’autre et la libre et équilibrée expression de chacun qui permettent d’atteindre ces résultats. Cela ouvre une belle voie à l’avenir de l’humain face à l’intelligence artificielle.

* Président, EGMA

 

 





 
 
 

AGEFI

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