Les changements à venir ne sont peut-être pas ceux attendus

dimanche, 03.02.2019

Christophe Clavé*

La quasi-totalité des débats, des prises de positions publiques, des règles mises en œuvre pour tenter de réguler la digitalisation du monde est centrée sur la protection des données personnelles. Les manifestations publiques de ces débats tournent souvent à la farce. Ainsi les excuses publiques de Mark Zuckerberg suite à l’affaire Cambridge Analytica. 

C’est devenu habituel dans cette société américaine qui s’éloigne si rapidement de la nôtre sans que nous n’y puissions rien. Il suffit d’apparaitre en prime time, la tête basse, l’attitude humble, dire regretter, demander pardon, et l’affaire est pliée, oubliée. Peut importe que rien ne change, que le pillage et la vente de toutes nos données personnelles se poursuive, la repentance affichée rassure et suffit au mépris de toute forme de vérité. Circulez il n’y a rien à voir.

Le changement à l’œuvre est bien plus important que le pillage honteux et la commercialisation de nos données personnelles. Il est insidieux, et ne donne lieu à aucun débat. Il consiste à passer à l’étape suivante: diriger nos comportements. Ce processus est progressif, invisible, et nous y cédons comme nous avons cédé à toutes les incursions du digital dans nos vies, parce qu’il avance sous le plus sympathique des masques, celui de l’aide, de la vie assistée et facilitée. 

Hier encore, ces incursions se manifestaient dans des prescriptions commerciales. Vos requêtes sur Google, vos clics sur Facebook, vos achats sur Amazon, Netflix ou autre nourrissent les algorithmes qui vous proposent des produits et des services adaptés à vos besoins. Puis se sont développées des applications qui en vous rendant service influencent vos décisions, votre comportement. 

Les assistants de conduite vous font prendre des chemins en fonction de la densité de la circulation calculée en temps réel. Vous avez regardé tel film, 

vous aimerez celui-ci. Les applications se multiplient qui influencent votre activité physique, dicte votre alimentation, régule votre vie afin de maigrir, de faire de l’exercice, de mieux dormir, etc.

Le monde qui arrive est celui où l’humain abdique face à la machine. Son humanité, ses choix de vie, ses opinions ainsi que son activité quotidienne sont cernées par les prescriptions de tous ordres.

L’étape absolument effrayante qui nous attend se met en place en ce moment même en Chine, sur la base du volontariat à l’heure actuelle, et obligatoire pour tous les citoyens chinois à partir de 2020: le système de crédit social (SCS).

Chaque citoyen chinois se verra à partir de ce moment doté d’un capital de confiance exprimé en nombre de points. Son comportement, ses achats ainsi que ses interactions seront constamment analysés, sur internet tout d’abord, puis dans la vraie vie via une toile de caméras omniprésentes et dotées d’un logiciel de reconnaissance faciale. En temps réel sa note sociale sera ajustée. 

Vous traversez au rouge, 5 points en moins. Vous «likez» un article critique envers les autorités, vous perdez des points. De cette note découle le type d’appartement auquel vous avez droit, l’école à laquelle vous pouvez inscrire vos enfants, l’emploi que vous pouvez occuper, la destination de vos voyages, etc. 

Cela se passe aujourd’hui en Chine, et sera obligatoire en 2020. Nous abandonnons depuis des années et chaque jour un peu plus notre liberté au profit des géants de l’internet. C’est sans défaut apparent, au contraire notre vie en est facilitée. A quel moment nos gouvernements encore démocratiques se saisiront de ces sujets pour protéger nos libertés les plus fondamentales?

*Président EGMA





 
 
 

AGEFI

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