L’énergie éolienne quasiment inexploitée

dimanche, 17.03.2019

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Une mesure plus précise des vents dans le canton de Vaud a démontré que la mesure antérieure péchait par optimisme et surestimait le potentiel éolien du canton. Néanmoins, il reste de nombreux sites qui sont exploitables.

Or il existe une association Paysage-Libre Vaud qui lutte pour la protection du paysage contre son industrialisation par les installations éoliennes. Son titre de gloire depuis sa création en 2013 a été d’empêcher la construction des 160 éoliennes planifiées. La population est rétive pour toutes sortes de raisons, bruit des pales, atteinte à la population des chauves-souris, mais surtout dégradation du paysage. D’où les recours qui bloquent les implantations.

En Suisse, l’énergie éolienne reste donc quasiment inexploitée. Seules 37 éoliennes ont été installées en vingt ans. A titre de comparaison, un autre pays de même taille dans les mêmes conditions géographiques, l’Autriche en a installé 1300. Le 25 décembre 2018, elles couvraient 28% de la demande en électricité et 111% le 24 décembre 2015. Ce n’est donc pas une solution négligeable ou marginale à la production d’énergie renouvelable.

La Suisse dispose d’un potentiel estimé à 88% de la consommation d’électricité mais il demeurera théorique par suite de la multiplication des recours. Le Conseil fédéral ne compte pas sur plus d’une contribution de 10%.

L’énergie éolienne souffre d’une limitation : son caractère aléatoire. Elle ne produit pas en continu comme une centrale classique. Elle ne produit pas nécessairement au moment des besoins de plus grande consommation. Il faut donc la coupler avec des méthodes de stockage, comme le cycle pompage turbinage en montagne ou la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau.

Une éolienne isolée a une puissance de 2 à 3 MW comparé à une centrale classique de puissance 1000 MW. Il faut donc plusieurs centaines d’éoliennes pour s’y substituer. Dès lors, on ne peut évidemment pas considérer l’éolien comme l’énergie de remplacement à tout faire. C’est une partie de la solution qui en comportera beaucoup d’autres.

Par la multiplication des actions (isolation, cellules photovoltaïques, biomasse, géothermie) on pourra réduire notre consommation énergétique. Mais il faudra bien que l’on se passe de charbon, de mazout et d’uranium. Les ressources non renouvelables… ne se renouvellent pas, elles renchérissent dans le temps avec l’épuisement des sites les plus économiques et qu’en fin de compte elles ne seront plus disponibles. Jadis un baril de pétrole dépensé lors de la prospection et de l’extraction générait cent barils. Aujourd’hui à peine une vingtaine. Un jour l’extraction compensera tout juste la dépense en énergie.

Les défenseurs du paysage sont de grands enfants. Ils croient qu’il existe une source infinie de pétrole au sens du bambin qui croit au Père Noël. On ne peut leur en vouloir. Ils suscitent l’attendrissement général en attendant qu’ils deviennent adultes.

* Professeur honoraire EPFL





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...