L’agitation politique déprime le secteur de la santé

jeudi, 23.05.2019

Adeline Salat-Baroux*

Adeline Salat-Baroux

La baisse récente du secteur de la santé a été déclenchée par les incertitudes politiques dans un environnement pré-électoral américain. La proposition «Medicare for all» du candidat démocrate d’extrême gauche Bernie Sanders a suscité des inquiétudes: une quasi nationalisation du système de santé, géré par le gouvernement fédéral, comme dans la plupart des pays européens. Une telle proposition perturberait totalement le système de santé américain existant. Soulignons néanmoins qu’il y a peu de soutien en faveur de «l’assurance maladie pour tous», même parmi les élus démocrates.

Le marché a pénalisé l’ensemble du secteur des soins de santé. Cependant, nous pensons que la probabilité qu’une telle proposition soit adoptée est extrêmement faible. Il faudrait 1/ que Bernie Sanders soit le candidat démocrate désigné pour la prochaine élection présidentielle 2/ que les démocrates remportent les élections de 2020 à la Maison Blanche ainsi que la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants 3/ il faut trouver les moyens de financer le système! 

Dans ce contexte d’incertitudes, les valeurs de services de santé ont été sanctionnées. Ces dernières années, ces sociétés avaient largement bénéficié de l’augmentation des prix des soins de santé, de la mise en œuvre de la réforme «Affordable Care Act» et de la réforme fiscale de 2018. Après une hausse continue pendant plus de deux ans, le segment a fait l’objet d’une prise de profit. La forte baisse s’est produite en dépit des excellents résultats publiés mi-avril par le groupe United Health, le plus important assureur santé des États-Unis. La société Centene, spécialisée dans la gestion des programmes gouvernementaux Medicaid (pour les personnes à faibles revenus), a également dévoilé des résultats solides et révisé à la hausse ses prévisions pour 2019. 

Les valeurs pharmaceutiques ont corrigé dans le sillage des services de santé. Le risque à long terme serait la pression sur les prix des médicaments dans le cadre de négociations directes pour les régimes gouvernementaux d’assurance-maladie. La valorisation actuelle des laboratoires biopharmaceutiques se rapproche de son niveau le plus bas de 2009-2010, quand le secteur faisait face à de nombreuses expirations de brevets. La situation est différente avec un cycle d’innovation solide et une croissance visible pour le secteur.

Les entreprises d’équipement médical à forte croissance et aux multiples de valorisation élevés commencent à être impactées. Ces sociétés avaient bénéficié de leur caractère défensif face aux discussions politiques et de prix des médicaments. Cependant, la croissance des résultats ne suffit plus à justifier les valorisations et le secteur est un peu sous pression. Nous n’avons pas d’exposition sur ces valeurs ayant une prime sur le marché et qui risquent de voir une normalisation de leur valorisation. 

Le recul récent du secteur de la santé est dû à des préoccupations politiques ayant conduit à une baisse des multiples de valorisation alors qu’il n’y a aucune détérioration sur la partie fondamentale. Les assureurs santé se négocient maintenant avec une décote de 25 à 30% par rapport au marché. Les bénéfices sont toujours visibles et devraient croître entre 8 et 10% par an grâce à une croissance soutenable des revenus tirée notamment par l’innovation.

* Gérante principale du fonds, EdR Fund Healthcare





 
 
 

AGEFI

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