La résilience convoque l’innovation

lundi, 08.06.2020

Xavier Comtesse et Philippe Grize

Xavier Comtesse et Philippe Grize

Il n’y a pas de résilience sans innovation. En effet, il ne s’agit jamais de revenir au point de départ mais bien de surmonter une crise en mobilisant l’inventivité dans une démarche de résilience. Mais innover sous la pression d’une crise est chose difficile voire «rock and roll» comme l’a si joliment écrit Stéphane Poggi, directeur de Felco Motion, dans ces colonnes le 12 mai dernier. Donc: «Résilience et Innovation font la paire». 

Et cela tombe bien puisque la Suisse excelle dans ces deux domaines. On l’a montré dans les articles précédents à quel point la résilience correspond à cet esprit entrepreneurial suisse «d’encaisser et de rebondir» quand les choses empirent, mais c’est aussi vrai pour l’innovation qui n’est peut-être pas aussi spectaculaire dans notre pays que dans la «Silicon Valley» mais tout aussi efficace même si plus silencieuse.

La Suisse innove beaucoup, elle est toujours citée dans les benchmarks internationaux comme l’un des trois pays les plus innovants au monde. Ce que les gens savent moins c’est que nous sommes les champions de l’innovation incrémentale, certes moins spectaculaire que l’innovation «disruptive»  mais à valeur ajoutée à court terme. Cela veut dire que l’on perfectionne les choses avec agilité. Et c’est exactement cette qualité que requiert la résilience. 

Le choc d‘une crise ne laisse pas de place à une invention de rupture. Il faut agir vite. Il faut agir simplement. Il faut agir avec ce que l’on a. C’est d’ailleurs tout le problème. Pas le temps pour de longs brainstorming mais juste assez pour réagir en capitalisant sur l’écoute client. 

C’est là qu’interviennent les grandes forces de l’entrepreneuriat suisse que sont l’anticipation, l’innovation et l’agilité: «savoir où l’on va et comment y aller vite», sans esbroufe.

L’innovation «incrémentale» est un pilier de notre culture industrielle. Elle répond à un marché, à des clients en recherche de confiance et profite de l’agilité organisationnelle et des savoir-faire. Aucune improvisation. Elle est dans l’ADN de l’entreprise. Si bien que lorsqu‘une crise survient, elle dévoile sa puissance et en devient résilience. Exemples:

1) Le télé-travail était souvent déjà expérimenté dans les entreprises. Il a juste fallu «incrémenter» les systèmes informatiques pour en supporter le déploiement à grande échelle qui risque bien de perdurer.

2) L’adaptation rapide d’un parc de machines pour une nouvelle production et un nouveau marché. Steiger a ainsi utilisé ses machines à tricoter 3D pour fabriquer des masques de protection.

3) Le télé-enseignement prenait la forme des MOOCS (Massive Open Online Courses) souvent déshumanisés. Grâce aux plateforme d’échange en «live», les enseignants sont devenus interactifs et adaptatifs, source d’innovation pédagogique profonds.

4) Le télé-achat est l’ADN de QoQa. Et son directeur Pascal Meyer a immédiatement réagi en mettant en place la plateforme DireQt.ch pour aider plus de 5000 commerçants à continuer de vendre malgré le confinement. Résultats, plus de 34.000 clients et 10 millions de chiffre d’affaires. Typiquement une innovation «incrémentale»

5) Les FabLab Romands ont mobilisé leurs imprimantes 3D et innové pour produire du matériel sanitaire nécessaire aux hôpitaux en quête de résilience.

Ce ne sont ici que quelques exemples mais cela démontre le lien étroit entre résilience et innovation, donnant ainsi toute ses dimensions aux territoires résilients helvétiques. 

*ManufactureThinking





 
 
 

AGEFI

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