La politique dans la tourmente

mercredi, 16.01.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Quand on observe l’évolution des marchés financiers au cours des derniers jours et semaines, force est de constater qu’il y règne une grande incertitude. Au quatrième trimestre de l’année écoulée, les marchés des actions mondiaux ont chuté de près de 10%. En décembre, le marché des actions américain a enregistré un tel recul qu’il est le plus mauvais décembre depuis 1931.

L’incertitude est un poison pour les marchés des actions. En effet, ce n’est pas le présent que l’on négocie sur les marchés financiers, mais ce qui se produira dans un, deux ou trois ans. Et quand on n’est pas certain que les entreprises réaliseront encore des bénéfices à l’avenir et que la probabilité d’essuyer de fortes pertes augmente, les cours chutent.

On voit bien d’où nous vient l’incertitude actuelle: de la politique. Depuis le printemps dernier, divers risques (géo)politiques ont fondu sur nous à une cadence élevée. Aux Etats- Unis, Donald Trump a d’abord déclenché un conflit commercial avec ses voisins, le Mexique et le Canada, puis avec l’Europe et enfin avec la Chine. Dans le même temps, l’incontrôlable président des Etats-Unis a également démantelé plusieurs accords multilatéraux.

Il a utilisé Twitter pour menacer de renvoyer Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine. Et pour couronner le tout, depuis Noël, l’administration fédérale américaine est en partie paralysée en raison du litige sur le financement du mur à la frontière mexicaine. Avec des débats à ce sujet qui prennent une dimension presque absurde.

Le succès des politiciens populistes ne se limite pas aux Etats-Unis. La Grande-Bretagne capote actuellement à cause du Brexit. En Italie, la coalition gouvernementale entre la Lega et le Mouvement 5 étoiles a fait aux électeurs des promesses financièrement intenables et se voit durement rappelée à la réalité.

Il en va de même pour l’enfant prodige de la politique française, Emmanuel Macron, propulsé au pouvoir par un fort mouvement anti-establishment et qui est désormais mis à genoux par des citoyens frustrés en gilet jaune.

L’Allemagne attend avec crainte les prochaines élections, qui pourraient voir les partis institutionnels de la coalition, au positionnement presque méconnaissable, débordés par la droite. Et dans des pays comme la Chine, la Turquie, la Pologne ou la Hongrie, les autocrates au pouvoir démantèlent des piliers essentiels de l’Etat de droit démocratique.

Et la Suisse?

Le système de démocratie directe devrait protéger la Suisse de telles évolutions. C’est plutôt une incapacité paralysante à réformer qui règne dans notre pays. Que ce soit à propos de la prévoyance retraite, du système fiscal pour les entreprises ou des relations avec l’Union européenne, on ne semble plus capable de s’accorder sur un compromis raisonnable.

Au moins cette politique erratique et incapable de réformes ne semble-t-elle pas avoir causé jusqu’à présent trop de dommages collatéraux dans la plupart des entreprises et chez les consommateurs. L’économie helvétique tourne à plein régime. La Suisse est dans une situation de plein emploi: en décembre, le nombre d’emplois à pourvoir a été plus élevé que jamais.

Il y a encore de l’espoir  que quelques-uns des foyers de risques politiques s’apaiseront en cours d’année. Même un Donald Trump devra tôt ou tard admettre qu’il ne peut laisser plonger l’économie américaine dans une crise économique en laissant les litiges commerciaux s’envenimer.

C’est pourquoi, la nouvelle année peut être abordée avec un sentiment un peu inquiet, mais pas totalement pessimiste. Avec l’espoir que les forces positives parviendront à prendre le pas sur une politique génératrice d’incertitude.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

AGEFI

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