La néfaste rengaine de la redistribution

dimanche, 24.03.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

La redistribution est un maître-mot des programmes de la gauche. C’est un argument électoral simple et attrayant. Comme le tiers des ménages ne paient pas d’impôts sur le revenu, ce mot signifie vaguement pour eux que les contributions des riches leurs reviendront sous une forme ou une autre et que leur revenu réel en sera augmenté. C’est la justice sociale dans sa version la plus élémentaire, la plus égalitaire, la plus apparemment équitable.

Or, l’Etat ne prélève pas seulement un impôt sur le revenu, la fortune, la succession des riches, transféré par des aides sociales aux plus nécessiteux. Car même les plus pauvres contribuent par des taxes à la consommation (TVA, essence) et des impôts à la personne (assurance-maladie, redevance TV, vignette autoroutière). Une partie des subsides d’aide sociale circulent en cycle fermé, l’Etat reprenant d’une main ce qu’il distribue de l’autre. S’il finance l’AVS par la TVA, les retraités subissent une réduction de leur pouvoir d’achat. 

La complication du système le rend supportable car la plupart des ménages ne calculent pas ce qui subsiste de leurs salaires après les prélèvements obligatoires. De même, il n’y a pas de transparence sur les salaires les plus élevés, qui dépassent plusieurs fois le million. Les dirigeants, bénéficiant de ces pactoles, sont des financiers avisés qui ne sont intéressés que par leur revenu après prélèvements obligatoires et qui sont en position de négocier eux-mêmes ces montants exorbitants. Au fond, ils ne paient pas d’impôts, ceux-ci sont payés par l’entreprise et celle-ci répercute ce manque à gagner en augmentant les tarifs des biens ou des services vendus au consommateur de base, seul grugé.  

La véritable question devrait être étudiée en dehors de tout contexte idéologique: comment la valeur ajoutée du travail de chacun doit-elle être rémunérée pour qu’une économie se développe au mieux pour le bien de tous? Dans cette optique l’inégalité n’est pas intrinsèquement mauvaise et la redistribution n’est pas bonne en soi. Ne vaudrait-il pas mieux que l’ensemble de la société s’élève dans le même ascenseur social plutôt que tous, demeurés au rez-de-chaussée, souffrent de pénurie? 

Mais ce ne serait encore qu’un leurre, parce que les inégalités sociales, certes atténuées, persisteraient à travers les générations. La justice consiste à donner des chances égales de progression à tous. Il ne suffit pas de rendre les études universitaires quasiment gratuites si on ne donne pas aux étudiants démunis des bourses pour y accéder. Plus en aval encore, l’enseignement obligatoire ne devrait pas avoir pour objectif de socialiser les élèves sans trop les stresser, mais au contraire d’exiger des efforts pour promouvoir les meilleurs.

* Professeur honoraire, EPFL





 
 
 

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