La crise des Gilets jaunes et ses paradoxes

lundi, 25.03.2019

Olivier Sandoz*

Olivier Sandoz

Samedi 16 mars, les Gilets jaunes ont à nouveau manifesté à Paris. C’était l’acte 18. Résultat: quelque 150 mètres cubes de déchets ont dû être ramassés. Sur l’avenue des Champs-Elysées, 80 enseignes ont été touchées, dont une vingtaine pillée ou victime de départs d’incendie. Les images du Fouquet’s en feu ont fait le tour du monde et par conséquent porté atteinte à l’image de la France. Mais il n’y a pas que les enseignes de luxe. Un kiosquier a témoigné avoir perdu non seulement son travail ce jour-là, mais il a failli perdre la vie dans l’incendie de son kiosque. 

Samedi passé, c’était l’acte 19. Cette fois, les manifestations se sont déroulées sans heurts majeurs. Les Champs Elysées ont été épargnés. Il faut préciser que toute manifestation y avait été interdite et que les mesures policières, notamment préventives avaient été renforcées. 

Depuis le début du mouvement, les dégradations représentent environ 200 millions d’euros de dégâts assurés. Il faut que cela cesse. Ce d’autant plus que les Gilets jaunes, sur leurs revendications initiales en lien avec le pouvoir d’achat et principalement les prix des carburants, ont obtenu gain de cause. La poursuite du mouvement serait possible si les manifestations étaient pacifiques. Malheureusement, c’est loin d’être le cas, comme on l’a encore vu samedi dernier. Certes, tous les Gilets jaunes ne sont pas des casseurs. Mais ceux qui manifestent de façon pacifique s’accommodent de la présence de casseurs, venus de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Et même l’antisémitisme s’invite lors de ces manifestations, ce qui est particulièrement inquiétant.

Le gouvernement français s’inquiète à raison des conséquences pour l’économie, mais de façon plus globale pour le pays du mouvement des Gilets jaunes. Le ministre des comptes publics affirme que ce mouvement est destructeur d’emplois. Selon lui, les blocages et manifestations qui durent maintenant depuis plus de quatre mois ont coûté à la France autour de 0,2% de croissance, soit 4 milliards d’euros. Ce qui n’est pas rien. Certes, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) arrive à un coût de 0,1% de croissance à fin 2018, ce qui représente quand même 2 milliards d’euros.

La situation est paradoxale à plus d’un titre. Les manifestants accusent Amazon de tous les maux. Mais dans le même, cette entreprise voit son chiffre d’affaires nettement augmenter en France, les achats en ligne se multipliant, dès lors que les commerces ne sont plus accessibles.

Les Gilets jaunes se plaignent du chômage sans pour autant demander la fin des 35 heures et une flexibilisation du marché du travail, mais leurs actions ont pour conséquence, notamment, la suppression de nombreux emplois.

Ils n’ont de cesse de décrier les mesures prises par Emmanuel Macron et ses projets de réforme, réclamant même sa tête, alors que selon les derniers chiffres produits par l’INSEE, la France de Macron va mieux qu’elle ne le pense. Contrairement aux discours alarmistes trop souvent entendus, la résilience de l’économie française impressionne d’autant plus qu’elle résiste, globalement, aux dégâts provoqués par les Gilets jaunes. Avec un taux de croissance attendu de 0,4 points par trimestre, la France fera mieux que la zone euro. Mais surtout, et contrairement à ce qu’affirment les manifestants, le pouvoir d’achat des Français est en forte hausse. Décidemment, la France mérite mieux que d’être prise en otage par le mouvement des Gilets jaunes.

* FER





 
 
 

AGEFI

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