Il est déjà trop tard

dimanche, 19.01.2020

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck.

A mesure que le temps passe, les efforts pour contenir le réchauffement climatique se compliquent, jusqu’à devenir insurmontables. Ce diagnostic est lancé par le Programme des Nations Unies pour l’environnement dans son rapport du 26 novembre. Ce texte mesure la différence entre ce qu’il aurait fallu faire, ce qui avait été promis et ce qui a été réellement fait. Nous avons perdu la décennie, qui aurait permis de maîtriser à temps et à moindre frais le problème.
Le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale a lancé un cri d’alarme: Sans réduction rapide du CO2 et d’autres gaz à effet de serre, le changement climatique aura des impacts de plus en plus destructeurs et irréversibles sur la vie. La fenêtre d’opportunité pour l’action est presque fermée. La dernière fois que la Terre a connu une concentration comparable de CO2, c’était il y a 3 à 5 millions d’années, lorsque la température était de 2 à 3 °C plus chaude et le niveau de la mer de 10 à 20 mètres plus élevé qu’aujourd’hui.».
Le diagramme de l’émission des gaz à effets de serre part de 30 milliards de tonnes en 1970 pour atteindre les 55,3 milliards d’aujourd’hui et se prolonger vers 60 milliards en 2030 ce qui conduira à une surchauffe de 3.5 degrés à la fin du siècle. Si les 196 pays signataires de l’accord de Paris de 2015 respectaient leurs engagements on plafonnerait à 3,2 degrés. Si l’on voulait n’atteindre que 1.5 degrés, il faudrait tout de suite diminuer les rejets de 7,6% par an. Ce ne sera pas le cas, car c’est irréaliste.
Dès lors, le nouveau parlement suisse devrait élaborer une double stratégie: d’une part ce qu’il est possible de faire durant la décennie à venir; d’autre part un plan à long terme pour parer à l’augmentation inévitable, bien au-dessus des 1,5 degrés souhaitables.
Il ne suffit pas de renchérir les combustibles fossiles pour en diminuer la consommation: les gros pollueurs riches s’en moquent; les autres ne peuvent pas les payer. Il faut plutôt travailler à remplacer cette importation de combustibles: panneaux photovoltaïques, éoliennes ou encore isolation des immeubles, remplacement des chaudières. Ce sont de vastes secteurs d’emploi à créer, en prévoyant tout de suite les formations nécessaires.
Pour le long terme, il est maintenant pragmatique de préparer le pays à subir le choc d’un climat à +3 degrés. Qu’est-ce que cela signifie pour l’agriculture, pour les ressources estivales en eau après la fonte des glaciers, pour les transports sans moteurs thermiques, pour la pression migratoire? Comment gérer cette dernière si elle se chiffre par dizaine de millions pour l’Europe?
Et que faire de l’énergie grise incluse dans tous les produits que nous achetons au monde entier, en commençant par la Chine? Allons-nous y renoncer, revenir à une économie de proximité en produisant nous-mêmes notre nourriture, nos vêtements, nos équipements?
On se rend de plus en plus compte qu’il ne s’agit pas d’un problème technique ou financier, mais bien plus d’un changement de culture: il faut passer d’une économie de prodigalité à une société de sobriété. Qui va prendre la conduite de cette opération? Les institutions gangrenées par le populisme, les partis sans programmes, les entreprises liées à la rentabilité?

* Professeur honoraire, EPFL





 
 
 

AGEFI

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