Durabilité: aligner les rentabilités financières, écologiques et sociales

mardi, 05.03.2019

René Longet*

René Longet

Le débat sur le changement climatique est en train de prendre de l’ampleur. A juste titre, car il s’agit d’un enjeu-clé pour notre avenir à tous. La maîtrise de cette évolution fort inquiétante nécessite de nous engager au quotidien en tant que producteurs, investisseurs ou consommateurs. Malheureusement, diverses conditions-cadres n’incitent pas à aller dans la bonne direction.

Ainsi, le PIB sur lequel se fondent pour l’essentiel les décisions politiques se limite à additionner les flux monétaires, dont les variations ne veulent pas dire grand chose quant à l’état d’un territoire et d’une société. Ce référentiel trompeur doit être urgemment remplacé par un indice de progrès humain, associé à la mesure de l’empreinte écologique. Les coûts infligés à des tiers par des formes d’énergie nuisibles, des substances toxiques, des produits fabriqués dans de mauvaises conditions sociales doivent se refléter dans leurs prix. Une taxe qui fait mal sur le CO2 est indispensable, avec les modulations économiques et sociales nécessaires.  

Le droit de la société anonyme nécessite d’être modifié dans le sens que la rentabilité de l’entreprise dont les administrateurs sont comptables n’est pas à obtenir seulement sur le plan financier mais aussi environnemental et social. Les flux financiers doivent être orientés vers les 17 Objectifs de développement durable retenus en 2015 par les Nations Unies, résumant 30 ans d’engagements internationaux, et les services écosystémiques rendus par la nature intégrés dans les comptabilités. Enfin, les échanges internationaux doivent être soumis à des critères de durabilité, à l’exemple de ce qui a été inscrit en septembre 2017 dans la constitution fédérale: «la Confédération crée des conditions pour (...) des relations commerciales transfrontalières qui contribuent au développement durable de l’agriculture et du secteur agroalimentaire» (art 104 A, lettre d).

En 2002 déjà, Sommet mondial du développement durable de Johannesburg avait demandé «des changements fondamentaux dans la façon dont les sociétés produisent et consomment». Une économie de la durabilité est «une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources», avait ajouté en 2011 le Programme des Nations unies pour l’environnement. Les entreprises auront toujours besoin de chercher une rentabilité pour boucler leurs comptes, mais à travers des activités à impact écologique et social positif et dans une lucrativité raisonnable, l’objectif étant l’alignement des rentabilités financières, écologiques et sociales.

* Expert en développement durable





 
 
 

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