Digitalisation ou numérisation: la nuance des mots

mardi, 23.04.2019

Patrick Joset *

Patrick Joset *

Au nombre de références, numérisation bat nettement digitalisation: près du double sur Google. Pour l’Académie française, le mot digitalisation n’existe tout simplement pas. Et numérisation est primitivement défini comme «l’action de numériser».

Bien commode pour ne pas se poser de question existentielle et éviter de définir une nuance entre ces deux termes… Nuance qui à mon sens existe. Et qui est également ignorée par l’encyclopédie en ligne Wikipedia. Celle-ci redirige ce premier mot, considéré il est vrai et à juste titre comme un anglicisme, vers le deuxième. Et propose une définition précise de la numérisation: c’est «la conversion des informations d'un support (texte, image, audio, vidéo) ou d'un signal électrique en données numériques que des dispositifs informatiques ou d’électronique numérique* peuvent ensuite traiter». La digitalisation définit à mon sens une transformation plus ample, plus profonde et surtout avec plus d’impacts que l’action de numériser.

La numérisation suppose une unité d’action, d’espace et de temps. La conversion d’un document papier en un fichier pdf s’effectue en quelques secondes sur un scanner ou une imprimante multifonctions. La conversation téléphonique d’une personne est codée en une suite digitale binaire pour être transmise instantanément et à nouveau mutée en ondes analogiques compréhensibles par le deuxième interlocuteur.

Contrairement à l’opération de numérisation, un système visant à digitaliser un processus se déroule en plusieurs étapes, en des lieux parfois éloignés et pas nécessairement dans le même temps. Prenez l’application PayByPhone. Bien connue des Genevois, et depuis quelques mois des Lausannois, elle remplace la fastidieuse opération de paiement des horodateurs publics par une apps smartphone. Une fois sa marque de véhicule et son numéro de plaque paramétrés, il suffit de saisir sa zone et son temps de stationnement, puis le moyen de paiement. On peut stopper son stationnement ou même le prolonger. Au-delà de la simple numérisation du bon vieux ticket de stationnement, cette application permet surtout de contrôler beaucoup plus rapidement les infractions. Grâce notamment à l’aide d’un véhicule. Mais elle digitalise également tout le processus de saisie, puis de suivi de l’amende. Je suis bien d’accord avec vous: cet aspect-là de la digitalisation est moins drôle.

Autre exemple, la plateforme d'approvisionnement de médicaments dénommée Logigate. Cette plateforme reçoit mensuellement près de vingt mille commandes, en provenance de pharmacies, de cliniques et d’hôpitaux disséminés sur le territoire suisse. Les commandes sont transcrites et envoyées dans le bon format électronique directement dans les applications centrales des fournisseurs concernés, sans intervention humaine. Et malgré la diversité des formats de la commande, qu’elle soit générée par ordinateur, envoyée par email ou même parfois par fax. Car ce système existe et fonctionne depuis plus de 15 ans… Vous comprendrez dès lors le clin d’œil adressé à ceux qui croient que le phénomène de la digitalisation est un scénario du futur.

* Groupe ABISSA





 
 
 

AGEFI

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