Compte courant chinois: le monde change

mardi, 26.03.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Une sorte de révolution s’est emparé du compte courant chinois. Après avoir réalisé un surplus record de 10,1% du PIB en 2017 (troisième trimestre), le solde pour l’année 2018 est à peine positif, à 0,4%. Cette évolution, si elle persiste, va transformer le statut de la Chine, , passant d’un pays qui finance la (sur) consommation d’autres pays, notamment des Etats-Unis, à un pays qui dépendra davantage de la gentillesse des inconnus [pour se financer], pour paraphraser Tennessee Williams (Un tramway nommé Désir). 

Le compte courant recense les transactions d’un pays avec le monde qui l’entoure, comprenant les échanges de biens et de services, ainsi que les revenus générés par les investissements. Le compte courant illustre la force commerciale d’un pays; plus encore, il témoigne de l’équilibre entre la production et la consommation d’un pays. Un surplus important indique que le pays en question ne consomme pas la totalité de sa production, ce qui entraîne donc une épargne importante. A l’inverse, un déficit suggère que le pays est obligé d’emprunter pour pouvoir maintenir son niveau de consommation. 

Plusieurs facteurs influencent actuellement le compte courant chinois. D'un côté, le fait que le surplus diminue est positif car cela signifie que la consommation augmente dans le pays, en ligne avec sa richesse croissante. Dans l’absolu, cette tendance n’est pas perturbante à ce stade, surtout si l’on prend en compte que les réserves de change du pays s’élèvent à 3000 milliards de dollars – les plus élevées au monde. Ces réserves permettraient à la Chine de financer ses importations en cas de défaut de financement d’autres pays. 

Deux points faibles restent à souligner, l’un concernant les échanges de biens, et l’autre concernant les services. Le sujet phare concernant les produits manufacturiers est celui des circuits électroniques intégrés. La Chine en importait pour une valeur de 228.300 milliards de dollars en 2016, tandis que le premier produit exporté (les machines automatiques de traitement de l’information) ne rapportait «que» 138.300 mille milliards de dollars. La Chine œuvre actuellement pour développer sa propre capacité de production de circuits. 

En ce qui concerne les services, le tourisme est l’un des talons d’Achille de la Chine. En 2018, le secteur représentait 11% du PIB chinois (selon Caixin, février 2019) mais les voyages des Chinois hors du pays augmentent plus vite que les revenus liés au tourisme dans le pays. Avec une population de 1,4 milliard de personnes, on peut s’attendre à un déficit structurel dans ce secteur.

Ces deux points vont être difficiles à corriger, et il est même possible que la Chine enregistre des déficits sur son compte courant dans les années à venir. Si la Chine devenait un pays structurellement déficitaire, comme les Etats-Unis par exemple, il faudrait assurer l’attractivité du pays aux yeux des investisseurs internationaux. Des mesures ont été prises dans ce sens, mais elles restent timides par rapport à la liberté dont bénéficient les marchés financiers occidentaux. La disparition du surplus du compte courant pourrait accentuer la pression sur la politique économique du pays, qui jusqu'à maintenant a pu garder un contrôle important grâce, en grand partie, à cet excédent.

A l’heure actuelle, l’impact se fera probablement ressentir davantage sur la devise, le yuan, qui a bénéficié du support sous-jacent des exportations nettes nécessitant des achats de la devise. Ce support est en train de disparaître, et une tendance à la dépréciation est à anticiper. Le monde change.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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