Russie: retrait de nombreux investisseurs

vendredi, 14.12.2018

Après Deutsche Bank et CS, c’est au tour de Morgan Stanley de fermer une partie de ses activités à Moscou.

Catherine Reichlin*

Restons amis mais prenons un peu de temps chacun de notre côté. C’est en essence le signal envoyé par plusieurs investisseurs à la Russie. Cette semaine, après Deutsche Bank et Crédit Suisse, c’est au tour de Morgan Stanley de fermer une partie de ses activités à Moscou. Même si elle rapatrie une partie de ses activités de vente en «Actions» et «Changes» vers Londres, elle conserve des activités de banque d’investissement (Corporate Finance) et affirme «rester engagée envers la Russie». 

Autre acteur important du marché, le gérant Ashmore spécialisé dans les marchés émergents, a cette semaine décidé de réduire son exposition à la Russie. Pour un gérant qui avait habitué les marchés à prendre des positions chahutées et à braver les mouvements de «sell-off» la décision est surprenante.

Pourquoi maintenant?

Alors pourquoi se retirer maintenant? Si les marchés financiers aiment se targuer d’être maîtres dans l’art des prévisions, ils ont beaucoup de peine à gérer l’incertitude. Et dans le cas de la Russie, elle est de taille. Le pessimisme d’Ashmore trouve ses racines dans l’exposition du pays aux sanctions américaines. Lesquelles? Dans combien de temps? Pour combien de temps? Quel degré de sévérité? Autant de questions sans réponse. 

Depuis 2014, date des premières sanctions faisant suite au conflit en Crimée, les relations entre la Russie et l’Occident continuent de se dégrader. L’ingérence présumée de la Russie dans les élections américaines de 2016 risque d’être prochainement sanctionnée par le Congrès américain. Du côté des sanctions radicales évoquées se trouve l’interdiction pour les investisseurs américains d’acheter de la nouvelle dette souveraine russe. La volonté de tenter d’exclure du système financier mondial les banques russes pousse la condamnation un cran plus loin. Des possibilités en partie intégrées dans la correction du Rouble et des marchés obligataires locaux.

Aucun impact

Cette semaine, alors que la Banque Centrale (BoR) se réunissait, le ministère des Finances n’est pas parvenu à placer l’entier de l’adjudication prévue. Le rendement du 10 ans a corrigé de 6bp à 8,80%, proche de ses plus hauts de l’année (9,30% en septembre), un niveau sur lequel la hausse de taux surprise de 25bp n’a eu aucun impact. Le Rouble (RUB) en revanche poursuit sa baisse entamée il y a trois ans alors que le contexte économique devrait plutôt lui être favorable: prix du pétrole en hausse, activité économique qui renoue avec l’expansion, un très probable surplus budgétaire cette année, le premier depuis 2011 et des taux d’intérêts réels attractifs. 

Mais c’est l’incertitude politique qui a pris le dessus, la Russie fait face à une sortie de fonds de près de RUB 500 mias ($7,6 mias) depuis les sanctions imposées en avril 2018. Dans l’atmosphère ambiante de nervosité, le marché, encore plus que d’habitude, montre son désamour de l’incertitude et sa tolérance au risque de plus en plus limitée.

*Responsable Recherche Financière chez Mirabaud & Cie SA





 
 
 

AGEFI

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