A combien est estimée notre planète? Voilà la vraie valeur de la nature

jeudi, 17.09.2020

Alexia Semov / Rebecca King *

Alexia Semov et Rebecca King

Le produit intérieur brut (PIB) mondial a quadruplé depuis 1970, permettant d'immenses progrès et sortant des milliards de personnes de la pauvreté. Cependant, la productivité matérielle, définie comme le PIB par rapport aux intrants matériels et énergétiques, stagne depuis le début du siècle, liant toute augmentation de la croissance économique à une augmentation équivalente de l'extraction des ressources.

Les structures économiques et sociétales que nous avons mises en place poussent les frontières planétaires vers des points de basculement. Il est temps qu'elles changent. Il ne sera pas facile de revenir en arrière, mais les gouvernements, les entreprises, les scientifiques, la société civile et les citoyens doivent prendre dès maintenant des mesures transformatrices.

Reconnaître les iniquités structurelles de notre système

La Banque mondiale estime que les bénéfices générés par l'exploitation des ressources non renouvelables ainsi que par la surexploitation des forêts contribuent à eux seuls à 2,5 % de la production économique mondiale. Dans les pays à faible revenu, cette part atteint 10,7 % du PIB. Au lieu de déployer ces revenus de la nature pour développer des institutions et un capital humain à long terme, on constate souvent qu’ils sont liés à l'augmentation des conflits, à la corruption et à la faiblesse des démocraties.

Les pays à faibles émissions de carbone souffrent déjà de pénuries alimentaires plus fréquentes et plus graves, de tempêtes et d'inondations qui menacent les moyens de subsistance de millions de personnes. L'injustice climatique frappe plus durement les pays du Sud, mais elle a également des répercussions sur les populations marginalisées des pays à revenu élevé.

Mais les gouvernements et les entreprises ne parviennent pas à mesurer, à enregistrer ou à tenir compte du capital naturel ou de la justice sociale dans leurs budgets.

Construire un nouveau modèle économique qui soit positif pour la planète et les gens

Des acteurs progressistes du monde entier ont déjà commencé à prendre des mesures en faveur de l’objectif «zéro émission nette» et d'une économie positive pour la nature.

Pour construire ce nouveau modèle économique, il faut d'abord reconnaître et prendre en compte notre impact et notre dépendance vis-à-vis des actifs et des services de la nature dans le cadre plus large de l'économie mondiale et du développement durable.

Deuxièmement, les gouvernements et les entreprises doivent reconnaître l'énorme potentiel qu'offre le fait d'investir dans la nature plutôt que de l'épuiser. Le groupe d'action des PDG pour le "European Green Deal" est un bon exemple de l'engagement du secteur public et privé en faveur de ce type de modèle de croissance. Si les pays et les entreprises accordent la priorité à la nature, ils pourraient générer 10.100 milliards de dollars de valeur commerciale annuelle et créer 395 millions d'emplois d'ici à la fin de 2030.

Enfin, nous devons veiller à ce que la transition que nous entreprenons soit juste. Des investissements importants seront nécessaires, en particulier dans les communautés et les pays à faibles et moyens revenus, qui comprennent souvent les habitats les plus menacés.

Le moment est venu de traiter l'urgence écologique et de mobiliser la solidarité, le courage et le leadership nécessaires pour que ce changement se produise. Un chemin vers le zéro émission nette est la seule option pour notre survie économique et planétaire.

* Spécialiste, Rapport sur la Nouvelle Economie de la Nature / Responsable Financements pour la Nature, Forum Économique Mondial





 
 
 

AGEFI

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