79 œuvres majeures de Picasso dans les Ports Francs de Genève

dimanche, 14.02.2016

AFFAIRE RYBOLOVLEV-BOUVIER. La belle-fille de Pablo Picasso a expédié dans les Ports Francs de Genève pour une tonne d'œuvres du peintre (valeur 300 millions d’euros). Pour quelle raison? Ne cesse-t-elle pas d’affirmer qu’elle ne vend pas les pièces de sa collection?

Ian Hamel

Catherine Hutin-Blay est la fille de Jacqueline, la dernière épouse de Pablo Picasso. Elle a hérité après le décès de sa mère en 1986 de près d’un millier de tableaux de l’artiste. Sans compter des milliers de gravures, de dessins, de sculptures. Et un important patrimoine immobilier.

En octobre 2012, Catherine Hutin-Blay, domiciliée à Paris, a expédié aux Ports Francs de Genève pour un peu plus d’une tonne de tableaux. Soit un lot de 79 œuvres de Pablo Picasso, pour une valeur de 296 millions d’euros. Ce lot est entreposé dans un local contrôlé par l’étude d’avocats genevois Bochatay, Fasel, Tsimaratos, active en droit des affaires. Parmi les huiles les plus connues, «Jacqueline en costume turc», peinte en 1955 et estimée à 35 millions d’euros. Une évaluation jugée particulièrement basse, certains négociants penchant plutôt vers les 100 millions pour ce tableau de 81 centimètres sur 100.

Le transfert de France en Suisse n’a en soi rien d’anormal. Les tableaux seraient accompagnés de documents douaniers et de licences d’exportation. Contrairement à ce qui se dit beaucoup en France actuellement, les Ports Francs de Genève ne sont pas non plus des trous noirs ou des cavernes d’Ali Baba échappant à toutes les législations et tous les contrôles. Alors, pourquoi s’intéresser à cette opération, qui n’a apparemment d'importance qu’en raison de la valeur des objets entreposés?

C’est la personnalité de Catherine Hutin-Blay qui donne à cette information une toute autre dimension. Agée de 67 ans, elle n’a jamais cessé de se présenter comme une collectionneuse, répétant que l’argent ne l’intéressait pas et qu’elle n’était pas une femme d’affaires. Elle aurait toujours eu à cœur «de veiller à la conservation de sa collection». Affirmant quand même par ailleurs qu’elle ne revend des œuvres «que lorsqu’elle y est obligée».

En mars 2015 surtout, dans le cadre du conflit Rybolovlev-Bouvier, la collectionneuse dépose plainte pour vol à l’encontre du transporteur suisse Yves Bouvier. Elle affirme qu’elle ne lui a jamais vendu en 2010 deux tableaux de sa mère Jacqueline, intitulés «Tête de femme», et «Espagnole à l’éventail». Il lui serait d’ailleurs impossible de se séparer d’une «représentation de sa mère».

Pourtant, de nombreuses représentations de Jacqueline font partie des pièces consignées à Genève. Alors que sa fille est domiciliée à Paris. Pourquoi ne pas les enfermer dans des locaux sécurisés en France? Si ce n’est pour qu’ils soient vendus? En particulier «Jacqueline en costume turc». «C’était l’un des tableaux préférés de Jacqueline, se souvient Pepita Dupont, ancienne journaliste de Paris-Match, auteur de «La vérité sur Jacqueline et Pablo Picasso» (Editions Cherche Midi, 2007). Il était accroché dans la pièce à musique, à Notre-Dame-de-Vie, le mas où habitaient Pablo et Jacqueline.» Autres toiles expédiées à Genève: «Jacqueline assise dans un rocking chair (30 millions d’euros estimés), «Jacqueline aux jambes repliées» (10 millions), une autre version de «Jacqueline en costume turc» (15 millions).

Pepita Dupont ajoute que, contrairement à sa mère, Catherine Hutin-Blay vend fréquemment des tableaux de Picasso. Une information que plusieurs spécialistes du marché de l’art ont confirmé à L’Agefi. Certains évoquent, mais sans en apporter la preuve, des tractations par des paradis fiscaux.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Catherine Hutin-Blay affirme avoir été volée. En juillet 2013, dans le quotidien Le Parisien, elle déclarait déjà qu’on lui avait dérobé 407 œuvres (dessins, aquarelles, croquis, gravures). Elle ajoutait: «J’ai peur que beaucoup d’œuvres soient parties à l’étranger.»

L’Agefi a tenté d’interroger Catherine Hutin-Blay sur la présence de ces œuvres à Genève. La sécurité proposée par les Ports Francs est-elle supérieure à celle des coffres de banques à Paris? La Suisse offre t-elle de meilleures possibilités pour commercialiser ces tableaux?

Anne-Sophie Nardon, son avocate, nous a répondu: «Compte tenu de la procédure pénale en cours en France, et au nécessaire secret de l’instruction qui s’y attache, ma cliente ne souhaite pas faire de déclaration ou de commentaires.» La procédure ne porte pourtant pas sur ce lot de 79 œuvres de Pablo Picasso, ni sur leur dépôt à Genève. De son côté, le cabinet d’avocats Bochatay, Fasel, Tsimaratos n’a pas voulu répondre à nos questions.





 
 
 
 

AGEFI

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